Crise centrafricaine : évoquons les vrais problèmes

Il est normal d’être scandalisé face aux crimes indescriptibles commis en Centrafrique. En même temps il faut arrêter de prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages.

Oui, rien ne laissait présager les proportions qu’ont pris les violences, lynchages, haine et autres massacres. Oui, des gens sont tués sur la base de leur appartenance religieuse. Oui, ce qui se passe en Centrafrique est inadmissible et inhumain. Mais de là à tirer des conclusions simplistes et à circonscrire le problème centrafricain à un conflit religieux et aux barbaries des anti-balaka, c’est se moquer des victimes. Cette crise sert des intérêts qui ne disent pas leur nom.

L’on veut nous faire croire qu’un beau jour deux communautés se sont levées, ont acheté des armes sophistiquées, mis en place des stratégies militaires et ont commencé à s’entretuer sans raison ? Qui désigne les bourreaux et qui sont les victimes en Centrafrique ?

C’est à peine si on a envie de crier « Mais on vous le disait »…Le crier à ces gens qui, aujourd’hui donnent l’impression de s’étonner face à ce qui se passe ou simplement qui ne s’attendaient pas aux tournures qu’ont pris les évènements.

Des gens qui ont « laissé faire », qui ont participé et accompagné le pourrissement de la situation semblent aujourd’hui tous étonnés de la résultante de leurs inertie et manigances. En plus, tous semblent éviter les vraies questions et les vraies solutions. J’exagère? Voyez plutôt :

I- Des auteurs instigateurs du drame centrafricain

Les principaux acteurs de la crise sont dans la nature et entretiennent la terreur. Leurs éléments sont encore lourdement armés, comment voulez-vous pacifier le pays dans ces conditions ?

Je ne cesse de le répéter, tant que les principales têtes pensantes du drame centrafricain seront en liberté et souffleront sur les braises, tant que les responsables ont la possibilité de financer, armer et pousser leurs éléments au massacre, on ne pourra pas sortir de l’auberge.  Comment voulez-vous régler une crise et en même temps laisser tranquilles les gens qui entretiennent la crise ? Bozizé est en cavale, ainsi que son fils Francis et leurs complices responsables de la mort de milliers de musulmans.

Parallèlement, tout le monde sait où est Michel Djotodja. Il mène la belle vie au Bénin. Aussi surprenant que cela puisse être aucune juridiction tant nationale qu’internationale ne s’intéresse à cet acteur clé de la crise centrafricaine.

Aujourd’hui, les crimes odieux des anti-balaka intéressent particulièrement ceux qui parlent de la résolution du problème centrafricain. Du coup il y a comme une tendance à minimiser, voire occulter les crimes de la coalition Seleka. On est en droit de se demander quelles étaient les garanties demandées et obtenues par Djotodja avant sa démission au Tchad ? (Pas de poursuite contre son innocente personne ?)

La Cour pénale internationale n’a pas encore assez d’éléments pour s’autosaisir sur les crimes de la Seleka ? Elle attend que le gouvernement centrafricain saisisse cette juridiction comme dans l’affaire Jean-Pierre Bemba Gombo? Vous pouvez toujours attendre. Le cabinet de Madame Samba-Panza est truffé de chefs Seleka, leurs éléments sont encore armés (le principal atout pour être au gouvernement en RCA), allez leur demander de saisir la CPI sur les crimes qu’ils ont commis.

Bon, si la justice et la communauté internationale ne savent pas où se trouve Djotodja et n’ont pas assez de preuves pour le poursuivre. Je mets à leur disposition les informations qui suivent :

Primo, il se trouve au Bénin. Secundo, voici quelques faits qui devraient en principe vous pousser à vous intéresser à cet énergumène :

Il y a six mois, la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme) a publié un rapport qui accuse la Seleka que dirige Djotodja d’en être déjà à 400 victimes (les Centrafricains estiment que ce chiffre est dix fois inférieur à la réalité)

En représailles à l’attaque des anti-balaka du 5 décembre qui a fait une cinquantaine de morts, la Seleka a tué un millier de personnes et fait des milliers de déplacés dans des camps notamment à l’aéroport, au monastère, etc.

Deux charniers ont été découverts près de la résidence de Djotodja, et des dizaines de fois des cadavres des victimes de la Seleka ont été repêchés dans le fleuve Oubangui…

Je fais l’économie des villages brûlés, des assassinats ciblés comme celui du magistrat Modeste Matineau Bria. Des viols, pillages, etc. Ce n’est pas assez pour lui demander des comptes ?

Il faut être dans le secret des dieux pour comprendre comment tout cela fonctionne. Comment Jean-Pierre Bemba a pu être arrêté et que le général rebelle tchadien Baba Ladé, qui a aussi tué, violé, brûlé des villages en Centrafrique bien avant l’arrivée de la Seleka n’intéresse pas la justice internationale et est retourné tranquillement dans son Tchad natal ? D’ailleurs, parlons-en :

II- Du rôle du Tchad voisin dans la crise en RCA.

Là encore je m’impose en toute neutralité une analyse factuelle de la situation. Je ne vais donc m’en tenir qu’aux observations de ceux qui suivent la situation sur le terrain et taire tout ce que voit et ressent le Centrafricain que je suis de l’attitude du voisin Déby.

Alors commençons par répertorier quelques faits avant de les analyser :

Des éléments de la Seleka ont utilisé les brassards du contingent tchadien de la Misca pour circuler librement et aller commettre des crimes souvent en compagnie de leurs compatriotes militaires tchadiens de la Misca :

La Seleka lourdement armée et escortée par le contingent tchadien de la Misca a rejoint le Nord alors que la consigne était de désarmer toutes les milices et les cantonner.

La Misca tchadienne ouvre le feu plusieurs fois sur des civils hostiles à la Seleka,

La Seleka est constituée à plus de 80% de mercenaires tchadiens et soudanais,

Les Tchadiens de la Misca ont ouvert le feu sur d’autres contingents de la Misca.

De ce qui précède et d’autres faits qui vont suivre on peut clairement conclure en accord avec ceux qui disent que la présence militaire du Tchad en Centrafrique, c’est un problème qui essaie de se faire passer pour une solution.

C’est désormais un secret de polichinelle : Idriss Déby est le faiseur de roi en Centrafrique. Patassé a été destitué par Bozizé armé et soutenu par Idriss Déby.

Pendant longtemps Déby protégeait le pouvoir de ce général d’opérette qui a fragilisé et divisé l’armée nationale en créant une classe bourgeoise au sein de celle-ci. Ensuite quand Bozizé s’est brouillé avec Déby, la Seleka l’a renversé avec des mercenaires tchadiens.
Les premiers massacres confessionnels ont été commis par la Seleka tout le long du chemin de la frontière du Tchad jusqu’à Bangui. Les toutes premières attaques contre des civils musulmans à Bohong l’ont été suite aux massacres de paysans non musulmans commis pendant des mois par la Seleka sur des critères purement confessionnels.

L’une des exigences de la Seleka était le départ des forces sud-africaines qui protégeaient Bozizé. La Seleka soutenue par Déby ne tolérait pas une autre puissance en RCA et Bozizé voulait se débarrasser de son parrain Déby qui l’a fait roi.

Je vous propose un extrait de ce débat édifiant. Frédéric qui conclut les propos d’Antoine Glaser et explique que tout cela est en fait :  » Une histoire de pétrole ». Cet observateur explique que Déby n’aurait stratégiquement aucun intérêt à ce que le pétrole centrafricain soit exploité. Le deal en mettant Bozizé au pouvoir était-il ? : je te fais président et tu ne touches pas au pétrole ? Et le jour où Bozizé a commencé à avoir l’ambition d’exploiter le pétrole, Déby le destitue par la Seleka ? Et comme par hasard les membres de la Seleka se sont comportés en véritables djihadistes tout au long de leur offensive sur Bangui, et plus de huit mois après avoir pris le pouvoir au point de monter une partie de la population contre eux…

La Seleka sous bonne escorte tchadienne va donc prendre le Nord où se trouve ce fameux pétrole et déclare sans ambages qu’elle veut diviser le pays en deux. Doit-on comprendre que la Seleka financée par Déby crée un autre Etat juste à la frontière avec le Tchad ainsi Déby pourra dormir tranquille sur ses deux oreilles et pour son pétrole et pour sa sécurité ?

Intervenir dans les affaires intérieures d’un pays indépendant militairement afin de choisir son gouvernement à la place de ses citoyens est contraire à la charte de l’ONU. Mais le Tchad siège aujourd’hui au Conseil de sécurité des Nations unies. Il s’est opposé au calendrier de déploiement des casques bleus en RCA. Déby qui est arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat et qui gagne par l’opération du Saint-Esprit toutes les élections qu’il organise siège à l’ONU… Ça me rappelle la Libye d ‘un certain Mouammar Kadhafi qu’on a élu à ce même Conseil de sécurité, à qui on a déroulé le tapis rouge en Occident et puis un jour on a finalement décidé qu’il était trop tyran pour rester au pouvoir…Je me suis demandé déjà dans un article si les nouvelles autorités françaises dérouleraient le tapis rouge aux dictateurs africains ? Aujourd’hui malheureusement l’Occident est préoccupé par la Crimée. Même en France, les médias privilégient l’affaire des écoutes de Sarkozy, et une grande démocratie comme la France est obligée de s’appuyer sur le voisin pyromane qui essaie de jouer au pompier en Centrafrique…On est loin du bout du tunnel…

Les forces de la Fomac étaient là avant l’offensive de la Seleka sur Bangui. Le général Félix Akaga commandant de cette force déclarait que « franchir la ligne rouge, c’est déclarer la guerre à l’ensemble des pays de la CEEAC ». La Seleka a non seulement franchi cette fameuse ligne pour réussir son coup d’Etat, mais encore a commis huit mois durant des exactions sur la population civile sans que la Fomac n’ait pu la désarmer. Il a fallu attendre l’intervention des Français pour voir un vrai début de désarmement. Malheureusement, les nostalgiques de Bozizé étaient déjà entrés en jeu et se sont illustrés en véritables massacreurs et assassins de musulmans.

De l’identité centrafricaine et du débat citoyen :

Il faut l’affronter, cela ne doit plus être un sujet tabou vu que cette question alimente la haine et les massacres. Beaucoup de Centrafricains raisonnent de cette façon : « Des gens sont venus nous massacrer, ils ont saccagé les mairies, et détruit les actes de naissance dans le but de nous envahir et prendre notre pays de force… »

Dans la tête de beaucoup de Centrafricains, la Seleka est une rébellion étrangère constituée de Tchadiens et Soudanais. Des islamistes intégristes qui viennent en conquérants et la Seleka a tout fait pour leur donner raison. Des prêtres et pasteurs se sont plusieurs fois plaints des attaques ciblées contre les églises même quand la Seleka avait déjà pris le pouvoir. Ces prémices de conflits religieux, même Denis Sassou Nguesso en avait parlé dans une interview au micro du Figaro : «  Dès avril 2013. J’avais été frappé par la nature des incidents ayant émaillé la course de 1800 km que la coalition rebelle de la Seleka avait réalisée de la frontière soudanaise à Bangui. Des croix avaient été arrachées, des églises avaient été profanées, des prêtres avaient été molestés. Quand, reçu à l’Élysée, j’en ai parlé, le président français et ses collaborateurs m’ont écouté très attentivement. Plus tard, les faits m’ont donné raison. J’avais perçu les prémices d’un conflit confessionnel, aujourd’hui généralisé en RCA. »

Il va se poser le problème du recensement quand il faudra aller élections. N’est-on pas Centrafricain quand on a un nom musulman et qu’on est né en RCA ? Bien sûr que si ! Il faut laisser les Centrafricains débattre, se parler entre eux, c’est important que les gens se parlent. Tous les dialogues qu’on a eus jusqu’ici ont été à guichet fermé entre des politiciens pour le partage du gâteau. Les dialogues politiques avec des gens qui viennent réclamer des places au gouvernement engendrent des crises à répétition. Il ne faut plus donner l’occasion aux gens qui ont pris des armes et massacré à cause du pouvoir de revenir débattre, s’amnistier entre eux et se partager encore des postes. C’est insultant.

Je le répète, arrêtez les têtes qui financent et pensent la stratégie du K.O, désarmez tous leurs éléments. Ils n’auront plus de moyens de pression. Le peuple pris en otage par cette minorité de sauvages regagnera son domicile et on entamera un début de normalisation.

 

2 réflexions au sujet de « Crise centrafricaine : évoquons les vrais problèmes »

  1. fadyl amine

    toutes les nations ont le sort qu’elles se font et rien du heureux ne leur vient au hasard. les centrafricains doivent seuls pacifier leur pays.

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  2. Herve

    Je decouvre votre blog et j’en tire une forme de fierte idiot que dans mon pays la Centrafrique il n’y a pas que des imbeciles. Grand merci pour cette analyse clair, courte et precise. Le vrai challenge maintenant, au dela des constats, est qu’on passe a la phase des propositions concretes au dela des incantations. Se parler bien evidemment. Ou, comment, avec quel argent, venant d’ou, gerer par qui et surtout comment faire que les resolutions prises ne seront pas trahis par les politiciens?

    Patriotiquement

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