L’ex-Katanga en RDC: les enfants de 10 ans sont des survivants de la rougeole

« Nous avons enregistré 30 cas de rougeole la semaine passée, et cette semaine, en deux jours seulement nous en avons déjà eu six. »

L’homme qui parle est le Chef du centre de santé de Kizyuki. Un village situé à 97 kilomètre de la ville de Manono dans l’ex-province du Katanga, en République Démocratique du Congo.

Jean-Claude accueille dans l’enceinte du centre de santé, l’une des équipes de Médecins Sans Frontières Suisse, chargée de vacciner contre la rougeole les enfants des 27 aires de santé que compte Manono.

Kizyuki est notre première escale pour rejoindre les équipes de vaccination parties la veille à Katchambuyu Kabenge. Avant d’atteindre Kizyuki nous avons parcouru 6h de route en moto, à rouler tantôt dans du sable, tantôt sur une piste accidentée qui serpente à-travers de hautes herbes qu’on prenait de plein fouet sur nos casques. Nous avons traversé un fleuve en pirogue, marché dans des marais pour enfin tomber sur un village au milieu de nulle-part. Des milliers d’âmes y vivent coupées du reste du monde. Sans eau courante, sans électricité, sans téléphone, rien.

Sur un ton impassible, le regard perdu dans le vide, Jean-Claude poursuit son explication « nous n’avons pas beaucoup de cas de mortalité ici au niveau du centre. C’est dans la communauté qu’il y a beaucoup de décès » … Il met en cause l’ignorance de la population qui ne veut pas se rendre dans le centre de santé et préfère prendre des traitements traditionnels.

– Mais pourquoi viendraient-ils ? Il n’y a presque rien dans le centre de santé…Jean-Claude se rebiffe, se justifie et finit par reconnaître qu’en temps normal les consultations sont payantes. C’est la raison pour laquelle les villageois ne veulent pas emmener leurs enfants au centre de santé. Aujourd’hui avec l’appui de MSF, ils peuvent prendre en charge gratuitement les cas de rougeole… avant d’ajouter désespérément « Mais malgré cela ils ne viennent pas, il y a encore beaucoup de décès à la maison… »

D’autres pathologies telles la malnutrition et le paludisme se greffent à la rougeole et sont les principales causes de mortalité chez les enfants. Ne disposant ni de médicament, ni de matériels sanitaire Jean-claude réfère les cas compliqués à l’hôpital de référence à Manono situé à 97 km. Problème : il faut transporter le malade déjà grabataire jusqu’en ville sur une bicyclette. Trouver une moto pour transporter le malade tient presque de l’exploit. Les villageois désarmés face à ces insurmontables obstacles pour atteindre le centre-ville, ensuite payer la consultation puis les médicaments, préfèrent se tourner vers les guérisseurs traditionnels. J’ai vu des enfants souffrant d’infections provoquées par des lavements rectaux, et d’autres complications dû à des mélanges de plusieurs décoctions.

En écoutant Jean-Claude, je réalise qu’au delà des reliefs qui bordent nos horizons, là-bas, derrière les monts, les fleuves et marais il y a énormément de vies à sauver et je ne suis pas mécontent d’avoir franchi tous ces obstacles pour m’en apercevoir. Je remonte sur ma moto impuissant, abandonnant Jean-Claude et son petit hôpital. Des enfants saluent et crient à notre passage, « ceux-là, ce sont des survivants » me dira le lendemain une infirmière….Prochaine étape, le village de Katchambouyou Kabangue où la veille 78 motos sont parties avec des vaccins.

Immigration : l’Europe craint l’invasion des extra-terrestres

Je me suis rendu à la manifestation de soutien aux migrants expulsés manu militari sous le métro aérien du boulevard de la Chapelle, pas vraiment dans le but de manifester, mais j’ai voulu comprendre ce qu’il se passait. Ces derniers jours, le débat politique, les Unes des journaux et l’opinion publique en général se sont polarisés sur la problématique des migrants. On en parle comme de l’invasion des extra-terrestres. L’Europe a peur des migrants… J’ai voulu comprendre cette psychose qui s’est emparée de la population.

Manifestation de soutien aux migrants du boulevard de la Chapelle.

Qui sont les migrants du boulevard de la chapelle ?

En quittant la manifestation, je suis allé discuter quelques minutes avec l’un de ces migrants. Il vient de l’Érythrée. Une dictature militaire dirigée d’une main de fer depuis deux décennies par Issayas Afewerki. En 2012 et 2013, l’équipe nationale de football profite des rencontres internationales pour demander l’asile politique en Ouganda et au Kenya. L’athlète qui représente l’Érythrée aux Jeux olympiques de Londres demande l’asile politique, et la même année le ministre de l’Information de ce pays profite d’une mission en Allemagne pour s’exiler. Pour l’Erythréen lambda, sortir du pays tient presque de l’exploit. Ce pays est une prison à ciel ouvert, les militaires ont ordre de tirer à vue sur ceux qui tentent de passer la frontière. Ces jeunes fuient entre autres le service militaire à durée indéterminée, les travaux forcés, etc. Asmara bafoue tous les droits humains et les libertés individuelles. Depuis plusieurs années ce pays arrive en dernière place au classement mondial de la liberté de la presse et détient le record du plus grand nombre de journalistes emprisonnés sur le continent africain.

Avant la crise libyenne, les réfugiés érythréens en quête d’un avenir meilleur n’avaient que le passage du Sinaï. Une zone de non-droit entre l’Égypte et Israël, où ils sont souvent kidnappés, vendus et revendus comme esclaves. Certains finissent dans des fosses communes et ce n’est qu’une toute petite partie qui arrive aux portes de l’Europe.

L’Otan et la piste libyenne

Quand Nicolas Sarkozy a eu l’outrecuidance de sortir son allégorie de la fuite d’eau, en parlant des migrants, je me suis dit que quelqu’un devrait lui rappeler que le passage libyen a été ouvert grâce à sa petite guéguerre menée contre Mouammar Kadhafi. Heureusement pour l’Espagne que le Maroc n’a pas connu les joies du  » printemps arabe  » , autrement le détroit du Gibraltar et les côtes espagnoles connaîtraient les mêmes flux migratoires que la péninsule italienne. La guerre a un coût et ces Messieurs de l’Otan qui ont déstabilisé toute une région n’ont pas pris le soin de mener leurs actions jusqu’au bout en instaurant des États de droit et la stabilité dans ces régions. Au lieu de surfer sur la vague du populisme pour ratisser l’électorat de l’extrême droite, certaines personnes devraient faire profil bas vu leurs actions par le passé qui contribuent à la situation désastreuse actuelle.

Face à la crise économique dans la zone euro et probablement à cause de la recrudescence du terrorisme, nous assistons à une montée en puissance des mouvements d’extrême droite qui désignent les migrants comme l’un des pires problèmes auxquels l’Europe est confrontée. En France où la gauche est au pouvoir, le gouvernement essaie de durcir le ton pour montrer à la population qu’il ne reste pas les bras croisés comme l’insinue l’extrême droite. C’est une véritable guerre de déclarations chocs par médias interposés.

L’Europe submergée par les migrants ?

Le Liban, le Pakistan, l’Iran et la Turquie arrivent en tête des pays qui reçoivent le plus grand nombre de réfugiés. Ces pays reçoivent des millions de migrants qui sont la conséquence des guerres qu’ils n’ont pas déclenchées. Le Liban accueille des millions de réfugiés syriens. Paradoxalement l’Occident qui mène des guerres et vend des armes, panique et s’affole parce que quelques milliers de réfugiés fuyant ces guerres arrivent sur ses terres.

En prétextant la destruction d’armes biologiques et le combat contre des régimes totalitaires, Georges W. Bush, Dick Cheney, Nicolas Sarkozy et compagnie ont mené des politiques va-t’en guerre, déstabilisé des régions entières, sacrifié des vies innocentes, brisé des familles, etc. Aujourd’hui personne ne leur demande des comptes, et même certaines personnes qui s’affolent i face à l’afflux des réfugiés ont salué ces guerres. Certaines personnes qui ont peur que des Libyens viennent prendre leur boulot ont pourtant acclamé l’invasion de la Libye.

Le migrant du pont de la chapelle avec lequel j’ai discuté ne parle pas français, ne sait même pas ce qu’est une allocation. Il ne veut pas demander l’asile en France, sa prochaine étape ? L’Angleterre. Là-bas y’aurait du boulot, même pour les sans-papiers, me dit-il avec une lueur d’espoir que je n’avais pas envie de briser en lui expliquant que des milliers de gens dans son cas attendent à Calais pour avoir la chance de passer outre-Manche…

Invité par Médecins du Monde Espagne pour faire un exposé lors d’une conférence sur l’immigration et l’intégration à Palma Majorque, j’ai demandé s’il y avait des migrants dans la salle… Il n’y en avait pas, j’aurais pu leur demander s’ils avaient franchi tous ces obstacles pour venir sombrer dans la prostitution, la drogue et la délinquance ? Beaucoup de pays sont le fruit de l’immigration : Les États-Unis, les Antilles, etc. Depuis la nuit des temps, les humains vont et viennent sur toute l’étendue de la terre pour une raison ou pour une autre.

Actuellement, l’Europe parle des migrants avec tous les stéréotypes qui vont avec, et surtout sans les associer. Ils sont exclus des débats. Tout ce qu’on voit en eux ce sont des réfugiés, des problèmes qu’il faut résoudre.

Le jour où on les verra comme des humains qui ont une éducation, une histoire, des potentialités qu’ils peuvent mettre au service du pays d’accueil, l’immigration pourra être expérimentée comme une chance tant pour le pays d’accueil que pour l’immigré.

Je sais ce que c’est que d’être réfugié, de tout perdre du jour au lendemain, de vivre avec certaines angoisses… Mais plus encore combien il est difficile de tourner la page et d’essayer de vivre une autre vie malgré tout… avec des stigmates et les clichés qui ont la vie dure. Même si on avait du mal à se comprendre, j’ai quitté l’Erythréen avec le sentiment d’avoir discuté avec un humain, qui n’a rien d’un extra-terrestre…IMG_3595

seleka

Abus sexuels sur mineurs en RCA : aucun problème tant que les victimes sont des filles ?

Cette vague d’indignation qui a suivi les révélations de viols d’enfants centrafricains par des soldats français, tchadiens et équato-guinéens commence sérieusement à m’agacer.

Je peux comprendre la réaction des gens qui n’ont jamais vécu en Centrafrique, mais j’enrage face à l’hypocrisie des politiciens et juristes centrafricains. Je fulmine face à l’hypocrisie des acteurs de la solidarité internationale ayant vécu ou vivant encore en Centrafrique. Vous n’avez jamais été au courant que des mineures sont régulièrement violées dans ce pays ? Laissez-moi vous rafraichir la mémoire.

Commençons par ce phénomène qui ne choque plus personne: les « gba-moundjou » je traduis presque mot à mot « Baise Blanc ». Ce sont des jeunes filles, souvent d’à peine 16 ans qu’on retrouve dans les boîtes de nuit de Bangui. Leurs clients réguliers sont des expatriés : Baracuda (nom donné aux militaires français depuis l’opération Barracuda qui a chassé l’empereur Bokassa du pouvoir), les coopérants, forces de maintien de la paix, personnels des ONG, etc. Seuls ces humanitaires et fonctionnaires expatriés peuvent s’offrir le luxe d’acheter une bouteille de whisky à vingt cinq mille francs CFA (environ 40 euros), et donner autant à la fille qu’ils ramènent chez eux. Le tout égale le salaire mensuel d’un fonctionnaire moyen. Tout le monde peut les voir partout avec ces Escort-girls bon marché qui sont plutôt fières de s’afficher avec des Blancs. Plus tard d’autres filles ont été surnommées Cémac parce qu’elles allaient régulièrement rendre visite aux soldats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale basés au camp M’Poko pour le maintien de la paix.

« Foutage de gueule »

Deux mois après le coup d’Etat de la coalition Seleka, j’animais une émission avec Igor Ouaina du Réseau national des organisations de jeunesse en droit de l’homme. Nous avions recueilli les témoignages anonymes d’adolescentes victimes de viols par les miliciens seleka. Ce réseau avait travaillé avec l’ONG COOPI (Coopération italienne), et négociait aussi une collaboration avec le Danish Refugee Council qui finançait le centre d’écoute et d’orientation du Réseau des femmes juristes de Centrafrique.

Alors si le parquet de Bangui n’a jamais été mis au courant des viols sur de jeunes filles centrafricaines, soit ces ONG qui déboursaient beaucoup d’argent pour la prise en charge et l’orientation des victimes de viols n’ont jamais fait leur travail, soit l’actuelle indignation de tous ces acteurs est tout simplement du « foutage de gueule ».

L’ONU s’indigne ? Bonne nouvelle, j’en profite donc pour lui demander d’ouvrir une enquête sur le général tchadien Baba-Ladé qui a commis les mêmes exactions que les hommes de Jean-Pierre Bemba, aujourd’hui jugé à la Cour pénale Internationale. Baba-Ladé et ses hommes ont violé, tué, brûlé des villages en Centrafrique. Il est reparti sans être entendu par un juge dans son Tchad natal, pour être nommé préfet. En 2014, démis de ses fonctions après s’être brouillé avec Idriss Déby il a été appréhendé en RCA et remis une seconde fois aux autorités tchadiennes par les forces internationales qui travaillent en RCA sous mandat onusien

Messieurs de l’ONU et des ONG internationales des mineures ont toujours été baisées en RCA par certains de vos personnels. Messieurs les politiciens centrafricains, des femmes ont été régulièrement violées lors des innombrables soubresauts dont vous êtes les principaux auteurs. Messieurs des forces de maintien de la paix, certains d’entre vous ont au vu et au su de tous abusés des filles en échange d’un peu d’argent ou de nourriture.

En Centrafrique, une famille sur dix a un réfrigérateur. En général on n’a pas de réserve de nourriture, et même si on en avait pendant que ça tire et que ça pille de partout, il ne reste plus rien à manger. Ces enfants se prostituent et se sacrifient souvent pour nourrir toute une famille. Tout le monde est au courant. Alors le coup de l’indignation hypocrite, faudra repasser… à moins que vous vous indigniez juste parce que cette fois-ci les victimes sont de petits garçons ? On attend des actes, des mesures concrètes, mais de grâce arrêtez de nous bassiner avec ces déclarations hypocrites.

 

3521666433_20aed93097_z

Et si j’étais né dans une famille musulmane ?

 

La semaine passée j’ai assisté à une scène que j’avais déjà vécue dans le métro parisien le 8 janvier 2015. C’était au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, tout Paris était encore sous le choc.

Je me rendais à un rendez-vous. Le trajet se déroulait sans problème jusqu’à ce qu’un jeune homme monte dans le wagon où je me trouvais. Il était barbu, avait le teint basané et portait une djellaba. Un silence pesant s’installa tout d’un coup, presque tous les autres passagers le fixaient avec méfiance. Lire la suite

Rz_55

Journalisme show-biz et bimbos : le récit de ma soirée d’applaudisseur

Lundi midi je mangeais au Macdo situé en face de la fontaine des Innocents à Châtelet quand une jeune femme sympathique m’aborde. Elle me propose de participer à l’enregistrement d’une émission de télévision. En contrepartie la boîte de casting pour laquelle elle travaille m’offrait des places de spectacle.

Il s’agit d’une émission consacrée à l’actualité et présentée par une équipe de jeunes chroniqueurs.

Pourquoi pas ? Je n’avais rien prévu de spécial pour ma soirée du mardi et c’était l’occasion de voir comment se passe une émission en étant dans le public.

Donc la demoiselle m’inscrit et me donne quelques consignes : je devais arriver à l’heure, porter des vêtements sans marque visible, etc., jusque-là, tout va bien.

L’enregistrement étant prévu à 20 h, j’arrive à 19 h 55, me place dans la queue, et attends comme les autres. Une demi-heure plus tard, nous sommes invités à entrer dans le studio, et à nous installer. Le réalisateur nous fait un briefing. En gros notre travail consistait à sourire et surtout applaudir quand il nous le demande, et uniquement dans ces cas-là. Tout le reste du temps, nous devions éviter de faire du bruit.

Cette mise au point faite, il nous donne la primeur de l’enregistrement. On procède à une séance d’acclamation, d’abord très fort, puis avec grand sourire, ensuite on devait ovationner comme si on était au stade.

Les choses sérieuses commencent. On acclame l’arrivée sur le plateau et le lancement de l’animateur. J’ai ainsi applaudi une bonne cinquantaine de fois pendant cette soirée. L’enregistrement qui devait finir à 23 h est allé bien au-delà, les chroniqueurs voulaient parfois reprendre leurs papiers estimant qu’ils n’avaient pas exécuté leurs tirades comme ils le souhaitaient, et pour cause ! On reprenait aussi les applaudissements autant de fois, jusqu’à ce que la personne soit satisfaite de sa prestation.

Des études de journalisme pour devenir bimbo ?

Pause clope, on sort prendre l’air, les chroniqueurs entre eux et le public aussi. Je discute avec un jeune homme et deux jolies filles habillées comme des mannequins. Je leur dis que ce soir j’ai vu des vedettes plus préoccupées par leur image et à faire le show qu’à faire du journalisme. Non pas que le contenu de l’émission soit mauvais, loin de là, mais je pense que ce travail consiste d’abord à donner de l’information. Ma conception du journalisme est peut-être trop idéaliste, mais pour moi ce métier est totalement différent du show-biz. Nous avions failli entrer dans une discussion houleuse sur le rôle du journaliste. Les filles m’apprennent qu’elles sont étudiantes en journalisme…

Fin de la pause, retour en salle, sur les coups de minuit plusieurs personnes parmi le public habitant en banlieue décident de rentrer de peur de rater le RER.

J’espérais continuer le débat avec les étudiantes en journalisme jusqu’au métro, mais elles sont restées pour prendre contact avec l’équipe de l’émission à la fin de l’enregistrement…Elles cherchaient un stage. Au moins j’ai eu le temps de dire ce que je pensais du vedettariat au sein de la corporation à deux possibles futurs bimbos de la télévision… Non, mais pourquoi faire des études de journalisme si le but est d’en mettre plein la vue aux téléspectateurs (trices) et de s’entendre ovationné par une bande d’applaudisseurs qui s’exécutent à la demande ? Prenez des cours de musique ou de cinéma vous avez plus de chances de devenir stars.

 

dictateur-africain-44920685

Entre l’Africain et son homme politique, c’est comme dans 50 nuances de Grey

« Non mais si tu regardes dans les clubs sado-maso, y a que des Blancs… » Ben attends, les Noirs se sont fait fouetter pendant 400 ans, ils vont pas revenir en disant : « Oh, c’est sympa ici ! »

Cette tirade de Fabrice Eboué lors d’un stand-up au Jamel comedy club m’a beaucoup amusé, mais aujourd’hui, j’ai envie de dire – tu te trompes Fabrice, en politique plus ça fait mal, plus l’Africain en redemande.

C’est fou, mais plus le tyran africain se contrebalance royalement du sort de ses administrés, plus ces derniers donneraient leur vie pour lui. J’ai envie de dire sans jeu de mots raides que l’Africain aime son homme politique profondément, bien sec et sans vaseline. Vous avez vu le nombre d’Africains qui se battent bec et ongles pour éviter la prison à des gens qui les ont massacrés ? Lire la suite

Oif-2

OIF : les échanges que je n’ai pas pu avoir avec Michaëlle Jean

Alternance démocratique, bonne gouvernance, Etat de droit, concept genre, etc. Toutes les organisations internationales ont mis ces cordes à leur arc. Les associations et ONG en ont fait leurs chevaux de bataille et les citoyens du monde, à l’instar des manifestants de Hong Kong, parce que vivant désormais dans un village planétaire revendiquent ces droits inaliénables à tout être humain. Dans ce décor, où se positionne l’Organisation internationale de la Francophonie ? Deux évènements récents m’ont emmené à me poser un tas de questions sur la francophonie.

J’ai d’abord été convié le 9 octobre 2014, à un petit-déjeuner de presse organisé par Michaëlle Jean, candidate au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie. Une semaine plus tard, j’ai eu l’occasion de participer à une réunion de réflexion collective sur le processus de transition en Centrafrique. Une initiative de l’ONG International Crisis Group en collaboration avec le ministère français des Affaires étrangères. Je fus surpris de n’avoir pas été le seul à suggérer dans mon intervention qu’il faudrait peut-être que la médiation de la crise centrafricaine revienne à une organisation comme l’OIF…

Tout d’abord quand on est ressortissant d’un pays francophone, il faut être d’une grande mauvaise foi pour prétendre ne pas être au courant des actions de l’OIF en faveur de l’Etat de droit, de la démocratie, de la promotion de la culture, etc. L’apport combien important de l’OIF dans le financement et l’organisation des élections en est un exemple.

N’importe quel citoyen de l’espace francophone a déjà entendu parler des bourses de la francophonie, des jeux de la francophonie, etc. En reconnaissant tous les efforts de cette organisation ; je me suis quand même posé la question de savoir, en réalité à quoi sert la francophonie ?

La France ou la Francophonie ?

C’est le discours de la Baule prononcé en 1990 par François Mitterrand qui a sonné le tocsin sur la fin des partis uniques et lancé le début de la démocratie en Afrique francophone. Vingt-quatre ans plus tard qu’en est-il de cette démocratie dans l’espace francophone ? Doit-on légitimement dire qu’en Afrique, les pays francophones sont les mauvais élèves de la démocratie ?

Quand j’ai demandé la médiation de l’OIF pour la Centrafrique, je suis parti du constat que la quasi-totalité des Chefs d’Etat de la sous-région Cémac (Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale) sont arrivés au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat et jusque-là gagnent systématiquement par l’opération du Saint-Esprit toutes les élections qu’ils organisent.

Au Tchad, Idriss Déby est au pouvoir depuis 1991. Le Congolais Denis Sassou Ngesso depuis 1979, Paul Biya est en poste au Cameroun depuis 1982, au Gabon Ali Bongo a été élu pour succéder à son père suite à des élections controversées. Les acteurs de la crise centrafricaine ont fait le tour de ces capitales sous-régionales sans trouver de solutions. Pis, Seleka et anti-balaka, du moins leurs responsables jouissent de soutiens dans certains pays frontaliers. Il nous faut un médiateur fort, capable de taper du poing sur la table et rappeler tout ce beau monde à l’ordre avec un discours du genre : « Assez joué, on passe au respect de la feuille de route de la transition. » Et je n’ai pas été le seul à penser que l’OIF pourrait valablement jouer ce rôle. On aurait aimé que l’OIF s’implique davantage, qu’elle pèse plus que la France au sein de ses Etats membres. Car finalement, les relations France-Afrique (ce n’est pas un jeu de mots) au-delà du fait qu’elles sont historiques, sont souvent regardées comme du néocolonialisme, très critiquées (et pas qu’à tort). Or, une organisation dont la France est membre au même titre que les autres Etats membres, pourrait valablement veiller à l’éthique, et au respect des règles qui régissent la vie au sein de son espace et de ses Etats partis. Comment donner plus de poids à l’OIF qu’aux collectivités régionales : CEMAC ( Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale), Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, etc. Si elle paye notamment pour les élections et autres, au-delà des condamnations d’usage, ou du fait de suspendre le pays membre quand il y a coup d‘Etat l’OIF pourrait faire mieux pour garantir le respect de la démocratie en son sein.

L’OIF : une organisation excluante ?

La libre circulation des personnes et des biens dans l’espace francophone demeure un réel souci. J’ai dû remplacer au pied levé une blogueuse ivoirienne invitée par la mairie du Kremlin-Bicêtre pour une résidence culturelle et à qui l’ambassade de France en Côte-d’Ivoire a refusé le visa. Il existe un tel fossé entre les pays francophones que se posent de véritables problèmes d’échanges, non seulement culturels et de libre circulation, mais encore de partenariat gagnant-gagnant et bien plus encore. Aujourd’hui il est plus facile pour un étudiant africain francophone d’aller étudier en Chine, en Turquie ou au Brésil qu’au Canada ou qu’en France. Quand on partage la même langue qu’une personne on est de facto plus proche, parce qu’on peut se comprendre, on peut échanger, discuter et trouver ensemble le chemin à suivre. De véritables efforts devraient être consentis pour réduire ces clivages entre les Etats membres de la francophonie. La petite Camerounaise qui vend ses marchandises au marché d’Edéa, le paysan de la ville d’Abomey au Bénin, le cultivateur de Bobo Dioulasso au Burkina F aso se sentent-ils francophones ? En quoi se sentent-ils impliqués ? Que fait l’Organisation pour ne pas rester une organisation d’intellectuels ? img_52287_michaelle-jean-je-suis-candidate-pour-diriger-la-francophonie

Et qu’en est-il de la place de la femme dans l’espace francophone ? Il n’y a jamais eu de femme à la tête d’un Etat francophone. Celle qui dirige la transition en Centrafrique n’est pas présidente de la République élue au suffrage universel. Elle a été désignée Chef d’Etat de la transition, et là encore en peu de temps elle réédite les mêmes exploits que tous ses prédécesseurs à tel point que même les groupes armés réclament sa démission. Ce qui conforte l’idée d’absence de leadership dans la junte féminine francophone. En Afrique anglophone on peut citer Joyce Banda au Malawi et Ellen Johnson Sirleaf au Liberia, ailleurs il ya la présidente du Brésil pour ne citer que celles-là. Et puisque les pays francophones battent le record des soulèvements armés, l’on sait que ces derniers ne se font jamais sans viols, rapts, etc.

Evoquons l’implication des jeunes dans la gestion des Etats francophones et la place de la jeunesse dans les instances de prise de décisions à l’échelle internationale. Il suffit de voir Abdelaziz Bouteflika, Blaise Campaoré ou de penser aux défunts Houphouët-Boigny, Gnassingbé Eyadéma (remplacé à sa mort par son fils Faure) et Omar Bongo Ondimba, de regarder l’âge des ministres des pays francophones pour comprendre que les Etats membres de la francophonie ont encore du chemin à faire à ce niveau-là. On ne passe pas la main à la jeunesse, même dans les organisations internationales. On met en avant la question de l’inexpérience pour écarter les jeunes quand il s’agit de nommer à des postes de responsabilité.

Tout en rendant hommage à Abdou Diouf et son équipe pour les avancées considérables dans la promotion de la démocratie, on a envie de dire à l’OIF qu’elle doit s’impliquer davantage au sein de ses Etats membres pour remettre les pendules à l’heure. En novembre prochain, dans la capitale sénégalaise l’OIF désignera son nouveau secrétaire général. Autour de quelle candidature se fera le « consensus » ?

 

 

 

1030277_le-virus-ebola-hante-les-couloirs-du-sommet-etats-unis-afrique-web-tete-0203684101500

L’Afrique face à Ebola : les vérités qui blessent

De Guinée-Conakry au Liberia, du Ghana à la Sierra Leone, l’Afrique est mise à mal par la fièvre hémorragique Ebola. Au total, 3091 personnes sont déjà mortes en Afrique sur près de 7.000 contaminés et l’Organisation mondiale de la santé estime qu’environ 20 000 personnes seront contaminées d’ici le mois de novembre.

« Ebola n’est plus une épidémie, mais une crise humanitaire majeure qui va durer » affirme le chercheur belge Peter Piot codécouvreur du virus depuis l’année 1976. Pourquoi trois décennies plus tard le monde est toujours impuissant face au virus d’Ebola ? Quel est le plan de riposte du continent africain vis-à-vis de l’épidémie ?

La réponse internationale

Il n’existe aujourd’hui aucun vaccin préventif encore moins un remède à titre curatif contre le virus de la fièvre hémorragique Ebola. Or la faisabilité n’est pas impossible, il faut juste y mettre la volonté et les moyens. Des recherches ont été menées pour aboutir à des traitements expérimentaux, cependant aucun de ces remèdes n’est passé la phase clinique qui il faut le reconnaître est très coûteuse. Lire la suite

A la découverte de la médiathèque du Kremlin-Bicêtre

L’un des bâtiments emblématiques du Kremlin-Bicêtre est sans aucun doute sa médiathèque. C’est un immeuble à la couleurs rutilante qui se dresse fièrement en face du plus grand centre commercial de la ville. Ce dernier trône majestueusement dans le ciel kremlinois, surplombant tout le paysage aux alentours.

Espace de cybercafé, livres, bandes dessinées, DVD on trouve un peu de tout dans cette médiathèque. On y côtoie des jeunes, des adultes, des lycéens et même des nourrissons.

Je m’y suis rendu dans l’après-midi du 1er octobre, en principe pour assister à une animation jeunesse. Je suis finalement tombé amoureux de cet endroit et c’est pourquoi je veux vous le faire découvrir. Lire la suite

IMG_2193

Du virtuel au vrai, Kremlin-Bicêtre c’est comme sur le web

L’Internet n’a rien de virtuel. Quand on fait l’expérience d’échanger plusieurs mails avec des personnes qui se trouvent dans un autre coin de la planète, puis d’avoir un beau jour la chance de les rencontrer en vrai, et de découvrir les visages qui se cachent derrière les mails conviviaux qu’on reçoit. On se dit que finalement tout cela a été possible grâce à la Toile.

C’est sur Internet que j’ai su comment on appelle les Kremlinois et vice versa, ces gens ne me connaissaient que sur Internet. Moi ? Peut-être même juste la plateforme Mondoblog que je représente lors de ces visites ou dans le meilleur des cas mon blog et mes billets qui parlent de mon pays. Un pays qui se trouve à l’autre bout du monde, aussi loin de leur portée que l’est le palais de Poutine dont leur ville porte le nom.

« Voir Kremlin-Bicêtre et devenir témoin de Jéhovah », cela aurait pu être le titre du film de ma première visite dans cette ville. Lire la suite