Ils sont journalistes et homophobes…

Article : Ils sont journalistes et homophobes…
17 mai 2013

Ils sont journalistes et homophobes…

1Bangos

« L’homophobie en Centrafrique. » C’est le thème dont j’aurais pu débattre dans mon émission d’hier histoire de coller à l’actualité, aujourd’hui étant la journée internationale contre l’homophobie.

Mais à quoi bon tenter de convaincre une nouvelle fois la rédaction de retenir ce sujet dans l’une des émissions phares de la radio ? D’autant qu’il y’a quelques semaines à l’arrière, ils l’avaient déjà purement et simplement brocardé. Incroyable mais vrai, je me suis buté au rejet catégorique de ce sujet par presque l’ensemble des confrères pendant la conférence de production. Je n’aurais jamais cru que des journalistes éclairés puissent s’opposer farouchement à un débat citoyen et démocratique.

J’ai beau parler de la question du mariage pour tous,  rien n’y fait… Pourtant, le sujet fait partie des grands débats de l’heure dans le monde entier et par conséquent, il faut débattre de cette question de l’homophobie qui demeure encore aujourd’hui dans la tête du centrafricain une attitude normale envers des personnes qu’ils considèrent comme des déviants.

L’homophobie ? C’est quelque-chose qui n’existe pas en Afrique, encore moins en Centrafrique : c’est simplement  une bêtise des blancs pour normaliser une pratique honteuse rejetée par notre culture africaine. C’est un débat de blancs, nos sociétés africaines n’ont pas la même connotation que les sociétés occidentales. Ce serait encourager l’homosexualité affirment les uns, il ne faut pas entrer dans ce jeu renchérissent les autres.

– Mais vous et moi savons qu’il existe des homosexuels en Centrafrique !

– Oui, mais ce n’est pas à nous de sensibiliser la population à trouver normale cette déviance. On a des responsabilités aussi dans l’exercice de notre métier.

– Notre responsabilité est justement d’ouvrir le débat sur la question, c’est en permettant à chacun de donner son point de vue dans le respect de l’autre qu’on fera notre boulot…

– Johnny, reviens sur terre !, me dit carrément un confrère dont je tairais le nom.

Il s’est évertué pendant cinq minutes à expliquer comment les Occidentaux sont en train d’imposer au reste de la planète l’homosexualité, il m’apprend que les bailleurs qui financent par exemple les ONG comme l’Association Centrafricaine pour le Bien-être Familial instruisent désormais ces associations d’instaurer la prise en charge des homosexuels dans leurs programmes pour continuer à bénéficier des financements. « Après l’homosexualité ce sera quoi ? La zoophilie qu’ils vont vouloir nous faire accepter ? » Je me défend :

– Pensez ce que vous voulez, moi en tout cas tout ce que je voulais c’était donner la possibilité à notre audimat de s’exprimer sur un débat qui fait couler de l’encre partout sur la planète.

-Finalement ils ont décidé que ce n’est pas parce que les Occidentaux sont en train d’imposer leurs pensées au reste de la planète que nous devons suivre aveuglement. Débattre de ce sujet serait normaliser l’homosexualité.

Seul contre tous, j’ai dû arrêter d’insister, d’autant que même la rédaction en Chef semblait leur donner raison.

Quoique non explicitement incriminé dans le code pénal, l’homosexualité est tellement mal vue en Centrafrique que si deux personnes du même sexe sont surprises en train de se faire des câlins, ils deviendront la risée du bled, stigmatisées, maltraitées et souvent même conduites dans un poste de police avant que cette dernière ne les libère contre une petite amende.

Discuter de l’homophobie ne veut pas dire sensibiliser la population à la pratique de l’homosexualité, encore moins être pour le mariage gay. Eviter le débat sur l’homophobie ne résout pas le problème de l’homosexualité qui est une réalité, même en Centrafrique.

Nous vivons dans une société constituée de religieux, d’athées, d’hétérosexuels et d’homosexuels etc. Montrer de l’animosité envers une frange de cette population et la discriminer sur la base de sa sexualité est tout simplement de l’intolérance. En tout cas, les auditeurs de mon émission ne pourront pas discuter de l’homophobie, juste parce que les journalistes de ma rédaction ne supportent pas d’entendre le mot homophobie…

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Commentaires

Philip Rodenbough
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