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Centrafrique : comment réussir enfin la transition

Le président de l’Autorité nationale des élections vient de le reconnaître : les élections prévues pour février 2015 ne pourront pas se tenir à cette échéance. Quel avenir pour le retour de la démocratie en République centrafricaine ? Comment sortir de cette crise ? Si l’on veut vraiment voir le bout du tunnel, il n’existe pas 36 solutions, des actions concrètes s’imposent.

I- De la médiation sous-régionale

La médiation des pays de la sous-région Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) a montré ses limites, les fauteurs de trouble centrafricains ont fait le tour des capitales sous-régionales sans trouver de solution. Il y a eu les rencontres et multiples accords de Libreville, les rencontres et accords de Ndjamena, les pourparlers de Brazzaville un, deux et trois. Chaque fois les mêmes personnes, se cachant derrière les mêmes entités, qui d’ailleurs voient leur nombre grossir à chaque épisode s’en vont se partager le gâteau dans ces capitales, touchent des per diem et imposent leurs volontés. Simplement parce qu’ils ont des moyens de pression qui sont les massacreurs de masses lourdement armés sur le terrain. Les différents protagonistes ont des soutiens dans ces capitales sous- régionales. La quasi-totalité des chefs d’Etat de la Cemac étant eux-mêmes arrivés au pouvoir dans leur pays à la faveur d’un coup d’Etat et gagnent systématiquement par l’opération du Saint-Esprit toutes les élections qu’ils organisent depuis quelques décennies. Il est impératif d’avoir un médiateur fort qui peut taper du point sur la table en disant « c’est bon, la recréation est terminée, on se met au pas et on avance vers le désarmement,  la démobilisation et la réinsertion afin d’aller aux élections. » Quel pays est prêt à jouer ce rôle ?

II- Des institutions de la République

a- La présidence

Au risque de choquer les militants de cette cause, je pense qu’on ne peut plus continuer à changer indéfiniment la tête de la transition en RCA. D’ailleurs il faut bien que l’on songe à sortir de cet état de fait pour redevenir un pays normal, ceci ne sera possible que suite à des élections libres et démocratiques.

Changez dame Samba Panza et le prochain président de la transition se livrera aux mêmes errements. Il voudra aussi nommer tous les membres de sa famille, ses copines, s’en mettre plein les poches, etc. Ce sera un éternel recommencement et les élections repoussées aux calendes grecques. Assez ! Laissons Samba Panza conduire la barque jusqu’aux élections. Il va sans dire qu’il y a un virus de l’incompétence qui sévit au palais de la Renaissance et tous ses locataires depuis deux décennies sont automatiquement contaminés. Non, cela suffit on a vraiment pas besoin d’un énième larron. Continuer la lecture

Pourquoi et comment Mahmat Kamoun est nommé premier ministre

Fin du suspense : Dame Samba Panza a annoncé le 10 août 2014 la nomination de Mahmat Kamoun au poste de premier ministre de la transition en Centrafrique. Une nouvelle qui a fait l’effet d’une bombe, même si la messe œcuménique d’hier au stade de Bangui avait pour objectif de préparer les Centrafricains à cette désignation. Jusque-là Samba Panza affirmait que : « Personne, pas même la communauté internationale ne lui dicterait sa décision ». Comment alors expliquer son choix ?

Quand les débats s’organisaient autour de la question « Faut-il nommer un musulman à la Primature ? », j’ai failli m’étrangler en criant ,  » non, mais arrêtez cet amalgame qui a coûté la vie à des milliers de Centrafricains et d’étrangers vivant en RCA !  » Vous prenez à ce point les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ? Parlez-nous plutôt de la Seleka à la primature. Ce sont les représentants de la Seleka et non des musulmans qui ont fait le déplacement de Brazzaville pour les négociations des postes comme d’ailleurs dans tous les précédents pourparlers. Pourquoi vouloir coûte que coûte faire croire qu’il s’agit uniquement d’un conflit entre chrétiens et musulmans ? Les musulmans ne sont pas tous des Seleka, et les musulmans n’ont pas pris les armes pour réclamer le pouvoir, c’est la Seleka qui a tout organisé et manipulé certains, voire utiliser le terme de musulman à des fins politiques.

Mahmat Kamoun préféré à Abdoul-Karim Meckassoua

C’est devenu un secret de polichinelle, tout le monde est au courant que les accords précédant la démission de Djotodja prévoient que la Seleka garde la primature et quelques ministères clés. Ainsi on a eu droit à cette injonction de l’homme fort de Ndjamena lors de la première visite de Samba Panza au Tchad, celui-ci s’engageait à : « Veiller au respect des accords de Ndjamena»… On le savait que les menaces de partitions, les massacres, etc. sont des moyens de pression pour obtenir gain de cause. A Brazzaville les représentants de la Seleka en ont fait voir de toutes les couleurs au président Denis Sassou-Nguesso et aux autres parties. Ils ont réitéré leur volonté de partitionner le pays, ont boycotté les séances pour finir par revenir à de meilleurs sentiments et demander pardon aux Centrafricains pour ces propos de division. Ce que Déby, veut Déby l’obtient.

Je me doutais que la primature reviendrait à la rébellion Seleka, mais jamais il ne m’est venu à l’idée qu’on aurait droit à un certain Mahmat Kamoun. Le nom d’Abdoul Karim Meckassoua circulait depuis quelques jours et sa nomination imminente faisait couler beaucoup d’encre. Pourquoi Meckassoua n’a pas été nommé premier ministre ?
Il va sans dire qu’il n’a aucune chance dans ce décor, parce que Meckassoua a la fâcheuse manie d’organiser des audits là où il passe ( Bozizé et ses ministres en savent quelque chose). L’homme aime tellement la clarté dans la gestion qu’il ne peut pas être invité aux affaires parce qu’il est musulman. Non, il faut plus qu’être musulman et intellectuel. C’est le genre de profil de Mahmat Kamoun qui intéresse. Pourquoi Samba le préfère à ce poste ?

Qui est Mahmat Kamoun ?

Ce monsieur fait partie des initiateurs du guichet unique à Douala dont ils ont signé la gestion avec un Béninois nommé Boko. Lorsque Bozizé voulait y voir plus clair dans la gestion calamiteuse du Trésor public dont il assurait la direction, il a pris le chemin de l’exil… Demandeur d’asile aux Etats-Unis, Mahmat Kamoun n’avait pas encore obtenu son statut de réfugié politique quand la Seleka chasse Bozizé du pouvoir, il revient alors en RCA pour être nommé directeur de cabinet de Michel Djotodja. A ce jour, selon la loi sur l’immigration aux Etats-Unis, il n’a pas le droit de rentrer sur le territoire américain…Un premier ministre persona non grata aux Etats-Unis où se trouvent les institutions de Breton-Wood (sic !)
Après la démission de Djotodja il est nommé conseiller spécial de Sampa Panza avec rang et prérogatives de ministre d’Etat.
Kamoun et la fille de dame Samba Panza seraient mis en cause dans l’affaire de la disparition d’une partie des 6 milliards de francs CFA donnés par l’Angola à la Centrafrique.10402539_750145508382260_3395224965319197979_n

Derrière un grand homme, il y a toujours une grande dame ?

Cette maxime marche aussi à l’envers, Mahmat Kamoun forme avec sa femme un couple dont il faut se méfier. En tous les cas, avec sa nomination les douaniers n’auront que leurs yeux pour pleurer.
Dame Kamoun née Ngakola Rachel avait été bombardée directrice générale adjointe de la Douane sous le régime de Djotodja, puis directrice générale sous Samba Panza, elle est à l’origine de la débancarisation des recettes douanières (la bancarisation étant l’une des rares bonnes mesures du régime Bozizé)… Les recettes douanières se promènent désormais librement dans les sacs à main de sa clique.

Samba Panza enfonce encore plus la RCA avec cette nomination

Loin d’être cette mère neutre, capable de sortir la RCA du bourbier, Samba Panza est en train de mener les Centrafricains à la file indienne directement en enfer. Copinage, clanisme, affairisme d’Etat, en quelques mois elle nous réédite le même scénario que ses prédécesseurs. Dame Samba-Panza se contrebalance royalement des Centrafricains, des milliers de morts, de l’avenir du pays… Ce sont ses intérêts qui priment.
Elle n’est pas cette mère dont vous rêviez qui pourrait tout faire pour réconcilier ses enfants et mener son pays résolument vers des élections libres et démocratiques. Non, Samba Panza s’est prostituée avec la Seleka pour manger, il y en a que pour son ventre, elle mange, se lèche les babines et ne pense qu’à s’empiffrer. Et parce qu’en RCA avoir un gros ventre est signe d’opulence, peu importe les morts, le chaos, les milliers de réfugiés, vivant dans des conditions exécrables Samba Panza s’en fout il n’y ’en a que pour sa bedaine…

Qui sera le futur Président Centrafricain ?

A vos marques, prêt ? Mentez, dupez, trompez, bernez les centrafricains !

Le coup d’envoi a été donné par le Chef de la diplomatie française. La visite éclair de Laurent Fabius en Centrafrique a remit les pendules à l’heure, sonné la fin de la recréation, sonné le tocsin pour le début de la course au fauteuil présidentiel, l’exercice favori de la classe politique centrafricaine.

Laurent Fabius a tapé du point sur la table : les Chefs de guerre de l’ex-rébellion Seleka doivent être mis hors d’état de nuire, les élections seront pour 2015 et le Président de la transition assure que ni lui, ni aucun membre de son équipe ne se présentera aux dites présidentielles.

Les voilà qui, un à un, sortent brusquement  de leur torpeur, on se demandait où ils étaient, les leaders politiques centrafricains ? A coups de sorties médiatiques, de propagande sur les réseaux sociaux, chacun essaie de redorer son blason pour duper au mieux cette population qu’ils prennent pour de véritables crétins.

La classe politique centrafricaine, une bande de gamins indisciplinés qui ne s’entendent jamais, qui n’ont jamais de solution et ont toujours besoin de médiateurs extérieurs pour les mettre d’accord, qui ne se réunit que quand il faut contester une élection ou obtenir une entrée dans le gouvernement. Continuer la lecture

Crise centrafricaine : la solution ne viendra certainement pas d’eux…

En nouchi on dirait : « Les gens là ils ont foutaises »… Ils parlent, condamnent, demandent, exigent, mais le problème centrafricain demeure, pourquoi ? Ils sont tous acteurs, gèrent et entretiennent la crise. J’exagère ? Comme dirait mon oncle ivoirien : et si on s’asseyait pour essayer de voir clair dans leurs jeux de jambes ?

La Cemac : une communauté divisée, faible à tous les niveaux, dirigée par des présidents qui sont presque tous arrivés au pouvoir dans leur pays à la faveur d’un coup d’Etat et qui  gagnent par l’opération du Saint-Esprit toutes les élections présidentielles qu’ils organisent.

Une communauté où la libre circulation des personnes et des bien, l’intégration sous-régionale n’existent simplement pas. Pour se déplacer dans certains pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale il faut prendre un visa, les commerçants qui voyagent à travers l’espace Cemac se font régulièrement extorquer de l’argent par les policiers des pays voisins.

« Nous ne cèderons pas Damara, que ce soit clair. Si les rebelles attaquent Damara, c’est une déclaration de guerre, cela veut dire qu’ils ont pris la résolution d’engager les 10 Etats d’Afrique centrale. Je ne pense pas sincèrement qu’ils en arriveront là » avait déclaré le général Jean Felix Akaga commandant des forces de la Fomac Continuer la lecture

Les questions que tout centrafricain doit absolument se poser…

Tant de questions m’assaillent sans cesse ces derniers jours. Des questions dont il faut être dans le secret des dieux pour avoir la réponse.

Malgré tout, il me semble hyper important que les Centrafricains s’arrêtent un instant pour se poser quand même ces questions liées à leur avenir…

Commençons par l’hexagone d’où provient depuis quelques temps des signaux inquiétants qui suscitent quelques interrogations légitimes chez tout observateur averti de la vie socio-politique centrafricaine.

Comment interpréter la visite à Djotodja de Claude Guéant, un homme de la famille politique de Nicolas Sarkozy ? Ce dernier qui voulait « refonder les relations de la France avec l’Afrique » Sarkozy disait le 28 Mai 2008 au Cape en Afrique du Sud que : « La France ne veut pas être en Afrique pour perpétuer sous d’autres formes, des rapports inégaux qui appartiennent à un passé révolu. La relation entre la France et l’Afrique ne peut plus être fondée sur des accords et sur des politiques qui sont des survivances d’une époque où le monde était bien différent de ce qu’il est aujourd’hui. »

L’une de mes interrogations est de savoir si cette rencontre, dont rien n’a filtré, est une simple visite de courtoisie à un putschiste dont la France refuse de reconnaître la légitimité. Continuer la lecture