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Abus sexuels sur mineurs en RCA : aucun problème tant que les victimes sont des filles ?

Cette vague d’indignation qui a suivi les révélations de viols d’enfants centrafricains par des soldats français, tchadiens et équato-guinéens commence sérieusement à m’agacer.

Je peux comprendre la réaction des gens qui n’ont jamais vécu en Centrafrique, mais j’enrage face à l’hypocrisie des politiciens et juristes centrafricains. Je fulmine face à l’hypocrisie des acteurs de la solidarité internationale ayant vécu ou vivant encore en Centrafrique. Vous n’avez jamais été au courant que des mineures sont régulièrement violées dans ce pays ? Laissez-moi vous rafraichir la mémoire.

Commençons par ce phénomène qui ne choque plus personne: les « gba-moundjou » je traduis presque mot à mot « Baise Blanc ». Ce sont des jeunes filles, souvent d’à peine 16 ans qu’on retrouve dans les boîtes de nuit de Bangui. Leurs clients réguliers sont des expatriés : Baracuda (nom donné aux militaires français depuis l’opération Barracuda qui a chassé l’empereur Bokassa du pouvoir), les coopérants, forces de maintien de la paix, personnels des ONG, etc. Seuls ces humanitaires et fonctionnaires expatriés peuvent s’offrir le luxe d’acheter une bouteille de whisky à vingt cinq mille francs CFA (environ 40 euros), et donner autant à la fille qu’ils ramènent chez eux. Le tout égale le salaire mensuel d’un fonctionnaire moyen. Tout le monde peut les voir partout avec ces Escort-girls bon marché qui sont plutôt fières de s’afficher avec des Blancs. Plus tard d’autres filles ont été surnommées Cémac parce qu’elles allaient régulièrement rendre visite aux soldats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale basés au camp M’Poko pour le maintien de la paix.

« Foutage de gueule »

Deux mois après le coup d’Etat de la coalition Seleka, j’animais une émission avec Igor Ouaina du Réseau national des organisations de jeunesse en droit de l’homme. Nous avions recueilli les témoignages anonymes d’adolescentes victimes de viols par les miliciens seleka. Ce réseau avait travaillé avec l’ONG COOPI (Coopération italienne), et négociait aussi une collaboration avec le Danish Refugee Council qui finançait le centre d’écoute et d’orientation du Réseau des femmes juristes de Centrafrique.

Alors si le parquet de Bangui n’a jamais été mis au courant des viols sur de jeunes filles centrafricaines, soit ces ONG qui déboursaient beaucoup d’argent pour la prise en charge et l’orientation des victimes de viols n’ont jamais fait leur travail, soit l’actuelle indignation de tous ces acteurs est tout simplement du « foutage de gueule ».

L’ONU s’indigne ? Bonne nouvelle, j’en profite donc pour lui demander d’ouvrir une enquête sur le général tchadien Baba-Ladé qui a commis les mêmes exactions que les hommes de Jean-Pierre Bemba, aujourd’hui jugé à la Cour pénale Internationale. Baba-Ladé et ses hommes ont violé, tué, brûlé des villages en Centrafrique. Il est reparti sans être entendu par un juge dans son Tchad natal, pour être nommé préfet. En 2014, démis de ses fonctions après s’être brouillé avec Idriss Déby il a été appréhendé en RCA et remis une seconde fois aux autorités tchadiennes par les forces internationales qui travaillent en RCA sous mandat onusien

Messieurs de l’ONU et des ONG internationales des mineures ont toujours été baisées en RCA par certains de vos personnels. Messieurs les politiciens centrafricains, des femmes ont été régulièrement violées lors des innombrables soubresauts dont vous êtes les principaux auteurs. Messieurs des forces de maintien de la paix, certains d’entre vous ont au vu et au su de tous abusés des filles en échange d’un peu d’argent ou de nourriture.

En Centrafrique, une famille sur dix a un réfrigérateur. En général on n’a pas de réserve de nourriture, et même si on en avait pendant que ça tire et que ça pille de partout, il ne reste plus rien à manger. Ces enfants se prostituent et se sacrifient souvent pour nourrir toute une famille. Tout le monde est au courant. Alors le coup de l’indignation hypocrite, faudra repasser… à moins que vous vous indigniez juste parce que cette fois-ci les victimes sont de petits garçons ? On attend des actes, des mesures concrètes, mais de grâce arrêtez de nous bassiner avec ces déclarations hypocrites.

 

Place de la reconciliation

Les questions auxquelles il faut absolument répondre pour sortir le Centrafrique du bourbier

Il est clair que le pays de Boganda est au fond du gouffre; remonter la pente pour enfin voir le bout du tunnel dépend de la volonté de tous les centrafricains à faire renaître la RCA de ses cendres. Il ya encore des chances, voici les questions auxquelles il faut répondre  pour y arriver :

1- voulons-nous la paix en Centrafrique ? Si oui, il faut savoir qu’une vendetta est le moyen le plus sûr de sombrer définitivement dans un cercle infernal de tueries qui creusera une tombe pour enterrer ce qui reste de la RCA. On a perdu des êtres chers,  on souhaite que les parents qui nous restent aient une vie épanouie de bonheur et de prospérité, or cela n’est possible que s’il ya la paix. Mais celle-ci est un processus, il faut déjà faire le premier pas, celui qui consiste à faire des concessions, à consentir des sacrifices pour garantir l’unité, la cohésion nationale et la paix conditions siné qua non pour avancer résolument sur le chemin du développement et entrer dans le concert des nations. Il est impératif de tourner définitivement la page.

Il ne faut pas tomber dans le piège de la seleka, qui essaie de faire croire qu’ils défendent la cause de la communauté musulmane. Djotodja l’a dit : « vous voulez qu’une seule communauté dirige le pays (…) si vous ne voulez pas on divise le pays en deux »…ça donne une idée claire des motivations de la seleka.

Piller les musulmans sont des actes tout aussi criminels que ceux qui nous ont fait perdre des êtres chers et cela n’honorent pas leurs mémoires. S’en prendre à d’autres personnes pour se venger enfonce d’avantage le pays dans un cycle de violence sans fin. Il n’ya pas d’avenir en cela, on voudrait au contraire voire un Centrafrique prospère où il fait bon vivre. Les centrafricains doivent se ressaisir et aspirer à la paix. Continuer la lecture