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L’ex-Katanga en RDC: les enfants de 10 ans sont des survivants de la rougeole

« Nous avons enregistré 30 cas de rougeole la semaine passée, et cette semaine, en deux jours seulement nous en avons déjà eu six. »

L’homme qui parle est le Chef du centre de santé de Kizyuki. Un village situé à 97 kilomètre de la ville de Manono dans l’ex-province du Katanga, en République Démocratique du Congo.

Jean-Claude accueille dans l’enceinte du centre de santé, l’une des équipes de Médecins Sans Frontières Suisse, chargée de vacciner contre la rougeole les enfants des 27 aires de santé que compte Manono.

Kizyuki est notre première escale pour rejoindre les équipes de vaccination parties la veille à Katchambuyu Kabenge. Avant d’atteindre Kizyuki nous avons parcouru 6h de route en moto, à rouler tantôt dans du sable, tantôt sur une piste accidentée qui serpente à-travers de hautes herbes qu’on prenait de plein fouet sur nos casques. Nous avons traversé un fleuve en pirogue, marché dans des marais pour enfin tomber sur un village au milieu de nulle-part. Des milliers d’âmes y vivent coupées du reste du monde. Sans eau courante, sans électricité, sans téléphone, rien.

Sur un ton impassible, le regard perdu dans le vide, Jean-Claude poursuit son explication « nous n’avons pas beaucoup de cas de mortalité ici au niveau du centre. C’est dans la communauté qu’il y a beaucoup de décès » … Il met en cause l’ignorance de la population qui ne veut pas se rendre dans le centre de santé et préfère prendre des traitements traditionnels.

– Mais pourquoi viendraient-ils ? Il n’y a presque rien dans le centre de santé…Jean-Claude se rebiffe, se justifie et finit par reconnaître qu’en temps normal les consultations sont payantes. C’est la raison pour laquelle les villageois ne veulent pas emmener leurs enfants au centre de santé. Aujourd’hui avec l’appui de MSF, ils peuvent prendre en charge gratuitement les cas de rougeole… avant d’ajouter désespérément « Mais malgré cela ils ne viennent pas, il y a encore beaucoup de décès à la maison… »

D’autres pathologies telles la malnutrition et le paludisme se greffent à la rougeole et sont les principales causes de mortalité chez les enfants. Ne disposant ni de médicament, ni de matériels sanitaire Jean-claude réfère les cas compliqués à l’hôpital de référence à Manono situé à 97 km. Problème : il faut transporter le malade déjà grabataire jusqu’en ville sur une bicyclette. Trouver une moto pour transporter le malade tient presque de l’exploit. Les villageois désarmés face à ces insurmontables obstacles pour atteindre le centre-ville, ensuite payer la consultation puis les médicaments, préfèrent se tourner vers les guérisseurs traditionnels. J’ai vu des enfants souffrant d’infections provoquées par des lavements rectaux, et d’autres complications dû à des mélanges de plusieurs décoctions.

En écoutant Jean-Claude, je réalise qu’au delà des reliefs qui bordent nos horizons, là-bas, derrière les monts, les fleuves et marais il y a énormément de vies à sauver et je ne suis pas mécontent d’avoir franchi tous ces obstacles pour m’en apercevoir. Je remonte sur ma moto impuissant, abandonnant Jean-Claude et son petit hôpital. Des enfants saluent et crient à notre passage, « ceux-là, ce sont des survivants » me dira le lendemain une infirmière….Prochaine étape, le village de Katchambouyou Kabangue où la veille 78 motos sont parties avec des vaccins.