Archives par étiquette : journaliste

Journalisme show-biz et bimbos : le récit de ma soirée d’applaudisseur

Lundi midi je mangeais au Macdo situé en face de la fontaine des Innocents à Châtelet quand une jeune femme sympathique m’aborde. Elle me propose de participer à l’enregistrement d’une émission de télévision. En contrepartie la boîte de casting pour laquelle elle travaille m’offrait des places de spectacle.

Il s’agit d’une émission consacrée à l’actualité et présentée par une équipe de jeunes chroniqueurs.

Pourquoi pas ? Je n’avais rien prévu de spécial pour ma soirée du mardi et c’était l’occasion de voir comment se passe une émission en étant dans le public.

Donc la demoiselle m’inscrit et me donne quelques consignes : je devais arriver à l’heure, porter des vêtements sans marque visible, etc., jusque-là, tout va bien.

L’enregistrement étant prévu à 20 h, j’arrive à 19 h 55, me place dans la queue, et attends comme les autres. Une demi-heure plus tard, nous sommes invités à entrer dans le studio, et à nous installer. Le réalisateur nous fait un briefing. En gros notre travail consistait à sourire et surtout applaudir quand il nous le demande, et uniquement dans ces cas-là. Tout le reste du temps, nous devions éviter de faire du bruit.

Cette mise au point faite, il nous donne la primeur de l’enregistrement. On procède à une séance d’acclamation, d’abord très fort, puis avec grand sourire, ensuite on devait ovationner comme si on était au stade.

Les choses sérieuses commencent. On acclame l’arrivée sur le plateau et le lancement de l’animateur. J’ai ainsi applaudi une bonne cinquantaine de fois pendant cette soirée. L’enregistrement qui devait finir à 23 h est allé bien au-delà, les chroniqueurs voulaient parfois reprendre leurs papiers estimant qu’ils n’avaient pas exécuté leurs tirades comme ils le souhaitaient, et pour cause ! On reprenait aussi les applaudissements autant de fois, jusqu’à ce que la personne soit satisfaite de sa prestation.

Des études de journalisme pour devenir bimbo ?

Pause clope, on sort prendre l’air, les chroniqueurs entre eux et le public aussi. Je discute avec un jeune homme et deux jolies filles habillées comme des mannequins. Je leur dis que ce soir j’ai vu des vedettes plus préoccupées par leur image et à faire le show qu’à faire du journalisme. Non pas que le contenu de l’émission soit mauvais, loin de là, mais je pense que ce travail consiste d’abord à donner de l’information. Ma conception du journalisme est peut-être trop idéaliste, mais pour moi ce métier est totalement différent du show-biz. Nous avions failli entrer dans une discussion houleuse sur le rôle du journaliste. Les filles m’apprennent qu’elles sont étudiantes en journalisme…

Fin de la pause, retour en salle, sur les coups de minuit plusieurs personnes parmi le public habitant en banlieue décident de rentrer de peur de rater le RER.

J’espérais continuer le débat avec les étudiantes en journalisme jusqu’au métro, mais elles sont restées pour prendre contact avec l’équipe de l’émission à la fin de l’enregistrement…Elles cherchaient un stage. Au moins j’ai eu le temps de dire ce que je pensais du vedettariat au sein de la corporation à deux possibles futurs bimbos de la télévision… Non, mais pourquoi faire des études de journalisme si le but est d’en mettre plein la vue aux téléspectateurs (trices) et de s’entendre ovationné par une bande d’applaudisseurs qui s’exécutent à la demande ? Prenez des cours de musique ou de cinéma vous avez plus de chances de devenir stars.

 

A la rencontre de Laurent Sadoux, présentateur d’Afrique midi sur RFI

Depuis 15 ans Laurent Sadoux présente Afrique midi, l’édition du journal de Radio France International la plus suivie à-travers le monde. Je suis allé à la rencontre de ce journaliste charismatique. Qui est-il ? Comment travaille-t-il ? Laurent Sadoux accepte de se livrer. 

C’est en chemise manche courte et pantalon jean fashion que Laurent Sadoux nous reçoit sur la terrasse du 8e étage de Radio France Internationale.  Il est midi heure de Paris, le présentateur d’Afrique midi sirote un café.  « Mais avec plaisir » nous répond-il sourires aux lèvres quand on lui annonce que nous sommes venus réaliser son portrait. Continuer la lecture

Medias traditionnels et nouveaux médias : Faut-il envisager le journalisme autrement? Rencontres 4M Montpellier

Trois jours durant Montpellier était la capitale mondiale de l’information. Cette ville a réunit du 12 au 14 juin 2013, journalistes et citoyens journalistes venus des quatre coins de la planète. Montpellier peut se vanter d’avoir été le théâtre de débats passionnants entre les gens qui relatent les faits et ceux qui écrivent l’autre l’histoire. La toute petite histoire, celle qui ne fait pas la une de l’actualité, qu’on ne regarde pas aux infos de 20h. En tout cas, pas celle dont se satisfont les téléspectateurs assis au chaud dans leur salon.

Les rencontres 4M de Montpellier ont soulevé des questions essentielles à l’heure ou le métier de l’information avec l’avènement de l’internet et des réseaux sociaux connait un bouleversement fondamental.

Donner l’information est-il l’apanage des journalistes ? Peut-on faire confiance à une information donnée par un simple citoyen qui n’a pas appris la déontologie et l’éthique journalistique ? Le métier du journaliste est-il en danger si tous les citoyens se mettent à donner de l’information via les réseaux sociaux ? Quel avenir pour les médias traditionnels ?

Je me souviens de cette remarque de Philippe Couve qui m’a décroché un sourire : « Que les journalistes se rassurent, j’ai croisé plusieurs blogueurs, aucun d’eux n’a l’intention de vous prendre votre boulot. En général les blogueurs sont des gens qui ont déjà un métier. Ce sont parfois des médecins, artistes, cuisiniers etc. »

Nous assistons aujourd’hui au bouleversement d’un ordre établi et personne ne sait jusqu’où cela ira. Je parle ici de l’information verticale. Les rédactions savent à présent que cette dictature qui leur permettait dans le passé de hiérarchiser les informations à leur guise et de passer sur leurs ondes uniquement ce qu’ils jugent important est révolu. Que cette aliénation, cette manipulation à grande échelle dont je parlais dans Couleurs tropicales et qui veut que cela soit les politiques et les médias qui décident vers quel coté on doit orienter nos regards.  (Et il faut être dans le secret des dieux pour savoir pourquoi aujourd’hui on allume les projecteurs sur tel pays ou tel événement alors qu’aux quatre coins de la planète il se passe des choses préoccupantes dont personne ne parle.) Continuer la lecture