Archives par étiquette : guerre

Immigration : l’Europe craint l’invasion des extra-terrestres

Je me suis rendu à la manifestation de soutien aux migrants expulsés manu militari sous le métro aérien du boulevard de la Chapelle, pas vraiment dans le but de manifester, mais j’ai voulu comprendre ce qu’il se passait. Ces derniers jours, le débat politique, les Unes des journaux et l’opinion publique en général se sont polarisés sur la problématique des migrants. On en parle comme de l’invasion des extra-terrestres. L’Europe a peur des migrants… J’ai voulu comprendre cette psychose qui s’est emparée de la population.

Manifestation de soutien aux migrants du boulevard de la Chapelle.

Qui sont les migrants du boulevard de la chapelle ?

En quittant la manifestation, je suis allé discuter quelques minutes avec l’un de ces migrants. Il vient de l’Érythrée. Une dictature militaire dirigée d’une main de fer depuis deux décennies par Issayas Afewerki. En 2012 et 2013, l’équipe nationale de football profite des rencontres internationales pour demander l’asile politique en Ouganda et au Kenya. L’athlète qui représente l’Érythrée aux Jeux olympiques de Londres demande l’asile politique, et la même année le ministre de l’Information de ce pays profite d’une mission en Allemagne pour s’exiler. Pour l’Erythréen lambda, sortir du pays tient presque de l’exploit. Ce pays est une prison à ciel ouvert, les militaires ont ordre de tirer à vue sur ceux qui tentent de passer la frontière. Ces jeunes fuient entre autres le service militaire à durée indéterminée, les travaux forcés, etc. Asmara bafoue tous les droits humains et les libertés individuelles. Depuis plusieurs années ce pays arrive en dernière place au classement mondial de la liberté de la presse et détient le record du plus grand nombre de journalistes emprisonnés sur le continent africain.

Avant la crise libyenne, les réfugiés érythréens en quête d’un avenir meilleur n’avaient que le passage du Sinaï. Une zone de non-droit entre l’Égypte et Israël, où ils sont souvent kidnappés, vendus et revendus comme esclaves. Certains finissent dans des fosses communes et ce n’est qu’une toute petite partie qui arrive aux portes de l’Europe.

L’Otan et la piste libyenne

Quand Nicolas Sarkozy a eu l’outrecuidance de sortir son allégorie de la fuite d’eau, en parlant des migrants, je me suis dit que quelqu’un devrait lui rappeler que le passage libyen a été ouvert grâce à sa petite guéguerre menée contre Mouammar Kadhafi. Heureusement pour l’Espagne que le Maroc n’a pas connu les joies du  » printemps arabe  » , autrement le détroit du Gibraltar et les côtes espagnoles connaîtraient les mêmes flux migratoires que la péninsule italienne. La guerre a un coût et ces Messieurs de l’Otan qui ont déstabilisé toute une région n’ont pas pris le soin de mener leurs actions jusqu’au bout en instaurant des États de droit et la stabilité dans ces régions. Au lieu de surfer sur la vague du populisme pour ratisser l’électorat de l’extrême droite, certaines personnes devraient faire profil bas vu leurs actions par le passé qui contribuent à la situation désastreuse actuelle.

Face à la crise économique dans la zone euro et probablement à cause de la recrudescence du terrorisme, nous assistons à une montée en puissance des mouvements d’extrême droite qui désignent les migrants comme l’un des pires problèmes auxquels l’Europe est confrontée. En France où la gauche est au pouvoir, le gouvernement essaie de durcir le ton pour montrer à la population qu’il ne reste pas les bras croisés comme l’insinue l’extrême droite. C’est une véritable guerre de déclarations chocs par médias interposés.

L’Europe submergée par les migrants ?

Le Liban, le Pakistan, l’Iran et la Turquie arrivent en tête des pays qui reçoivent le plus grand nombre de réfugiés. Ces pays reçoivent des millions de migrants qui sont la conséquence des guerres qu’ils n’ont pas déclenchées. Le Liban accueille des millions de réfugiés syriens. Paradoxalement l’Occident qui mène des guerres et vend des armes, panique et s’affole parce que quelques milliers de réfugiés fuyant ces guerres arrivent sur ses terres.

En prétextant la destruction d’armes biologiques et le combat contre des régimes totalitaires, Georges W. Bush, Dick Cheney, Nicolas Sarkozy et compagnie ont mené des politiques va-t’en guerre, déstabilisé des régions entières, sacrifié des vies innocentes, brisé des familles, etc. Aujourd’hui personne ne leur demande des comptes, et même certaines personnes qui s’affolent i face à l’afflux des réfugiés ont salué ces guerres. Certaines personnes qui ont peur que des Libyens viennent prendre leur boulot ont pourtant acclamé l’invasion de la Libye.

Le migrant du pont de la chapelle avec lequel j’ai discuté ne parle pas français, ne sait même pas ce qu’est une allocation. Il ne veut pas demander l’asile en France, sa prochaine étape ? L’Angleterre. Là-bas y’aurait du boulot, même pour les sans-papiers, me dit-il avec une lueur d’espoir que je n’avais pas envie de briser en lui expliquant que des milliers de gens dans son cas attendent à Calais pour avoir la chance de passer outre-Manche…

Invité par Médecins du Monde Espagne pour faire un exposé lors d’une conférence sur l’immigration et l’intégration à Palma Majorque, j’ai demandé s’il y avait des migrants dans la salle… Il n’y en avait pas, j’aurais pu leur demander s’ils avaient franchi tous ces obstacles pour venir sombrer dans la prostitution, la drogue et la délinquance ? Beaucoup de pays sont le fruit de l’immigration : Les États-Unis, les Antilles, etc. Depuis la nuit des temps, les humains vont et viennent sur toute l’étendue de la terre pour une raison ou pour une autre.

Actuellement, l’Europe parle des migrants avec tous les stéréotypes qui vont avec, et surtout sans les associer. Ils sont exclus des débats. Tout ce qu’on voit en eux ce sont des réfugiés, des problèmes qu’il faut résoudre.

Le jour où on les verra comme des humains qui ont une éducation, une histoire, des potentialités qu’ils peuvent mettre au service du pays d’accueil, l’immigration pourra être expérimentée comme une chance tant pour le pays d’accueil que pour l’immigré.

Je sais ce que c’est que d’être réfugié, de tout perdre du jour au lendemain, de vivre avec certaines angoisses… Mais plus encore combien il est difficile de tourner la page et d’essayer de vivre une autre vie malgré tout… avec des stigmates et les clichés qui ont la vie dure. Même si on avait du mal à se comprendre, j’ai quitté l’Erythréen avec le sentiment d’avoir discuté avec un humain, qui n’a rien d’un extra-terrestre…IMG_3595