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Abus sexuels sur mineurs en RCA : aucun problème tant que les victimes sont des filles ?

Cette vague d’indignation qui a suivi les révélations de viols d’enfants centrafricains par des soldats français, tchadiens et équato-guinéens commence sérieusement à m’agacer.

Je peux comprendre la réaction des gens qui n’ont jamais vécu en Centrafrique, mais j’enrage face à l’hypocrisie des politiciens et juristes centrafricains. Je fulmine face à l’hypocrisie des acteurs de la solidarité internationale ayant vécu ou vivant encore en Centrafrique. Vous n’avez jamais été au courant que des mineures sont régulièrement violées dans ce pays ? Laissez-moi vous rafraichir la mémoire.

Commençons par ce phénomène qui ne choque plus personne: les « gba-moundjou » je traduis presque mot à mot « Baise Blanc ». Ce sont des jeunes filles, souvent d’à peine 16 ans qu’on retrouve dans les boîtes de nuit de Bangui. Leurs clients réguliers sont des expatriés : Baracuda (nom donné aux militaires français depuis l’opération Barracuda qui a chassé l’empereur Bokassa du pouvoir), les coopérants, forces de maintien de la paix, personnels des ONG, etc. Seuls ces humanitaires et fonctionnaires expatriés peuvent s’offrir le luxe d’acheter une bouteille de whisky à vingt cinq mille francs CFA (environ 40 euros), et donner autant à la fille qu’ils ramènent chez eux. Le tout égale le salaire mensuel d’un fonctionnaire moyen. Tout le monde peut les voir partout avec ces Escort-girls bon marché qui sont plutôt fières de s’afficher avec des Blancs. Plus tard d’autres filles ont été surnommées Cémac parce qu’elles allaient régulièrement rendre visite aux soldats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale basés au camp M’Poko pour le maintien de la paix.

« Foutage de gueule »

Deux mois après le coup d’Etat de la coalition Seleka, j’animais une émission avec Igor Ouaina du Réseau national des organisations de jeunesse en droit de l’homme. Nous avions recueilli les témoignages anonymes d’adolescentes victimes de viols par les miliciens seleka. Ce réseau avait travaillé avec l’ONG COOPI (Coopération italienne), et négociait aussi une collaboration avec le Danish Refugee Council qui finançait le centre d’écoute et d’orientation du Réseau des femmes juristes de Centrafrique.

Alors si le parquet de Bangui n’a jamais été mis au courant des viols sur de jeunes filles centrafricaines, soit ces ONG qui déboursaient beaucoup d’argent pour la prise en charge et l’orientation des victimes de viols n’ont jamais fait leur travail, soit l’actuelle indignation de tous ces acteurs est tout simplement du « foutage de gueule ».

L’ONU s’indigne ? Bonne nouvelle, j’en profite donc pour lui demander d’ouvrir une enquête sur le général tchadien Baba-Ladé qui a commis les mêmes exactions que les hommes de Jean-Pierre Bemba, aujourd’hui jugé à la Cour pénale Internationale. Baba-Ladé et ses hommes ont violé, tué, brûlé des villages en Centrafrique. Il est reparti sans être entendu par un juge dans son Tchad natal, pour être nommé préfet. En 2014, démis de ses fonctions après s’être brouillé avec Idriss Déby il a été appréhendé en RCA et remis une seconde fois aux autorités tchadiennes par les forces internationales qui travaillent en RCA sous mandat onusien

Messieurs de l’ONU et des ONG internationales des mineures ont toujours été baisées en RCA par certains de vos personnels. Messieurs les politiciens centrafricains, des femmes ont été régulièrement violées lors des innombrables soubresauts dont vous êtes les principaux auteurs. Messieurs des forces de maintien de la paix, certains d’entre vous ont au vu et au su de tous abusés des filles en échange d’un peu d’argent ou de nourriture.

En Centrafrique, une famille sur dix a un réfrigérateur. En général on n’a pas de réserve de nourriture, et même si on en avait pendant que ça tire et que ça pille de partout, il ne reste plus rien à manger. Ces enfants se prostituent et se sacrifient souvent pour nourrir toute une famille. Tout le monde est au courant. Alors le coup de l’indignation hypocrite, faudra repasser… à moins que vous vous indigniez juste parce que cette fois-ci les victimes sont de petits garçons ? On attend des actes, des mesures concrètes, mais de grâce arrêtez de nous bassiner avec ces déclarations hypocrites.

 

Centrafrique : comment réussir enfin la transition

Le président de l’Autorité nationale des élections vient de le reconnaître : les élections prévues pour février 2015 ne pourront pas se tenir à cette échéance. Quel avenir pour le retour de la démocratie en République centrafricaine ? Comment sortir de cette crise ? Si l’on veut vraiment voir le bout du tunnel, il n’existe pas 36 solutions, des actions concrètes s’imposent.

I- De la médiation sous-régionale

La médiation des pays de la sous-région Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) a montré ses limites, les fauteurs de trouble centrafricains ont fait le tour des capitales sous-régionales sans trouver de solution. Il y a eu les rencontres et multiples accords de Libreville, les rencontres et accords de Ndjamena, les pourparlers de Brazzaville un, deux et trois. Chaque fois les mêmes personnes, se cachant derrière les mêmes entités, qui d’ailleurs voient leur nombre grossir à chaque épisode s’en vont se partager le gâteau dans ces capitales, touchent des per diem et imposent leurs volontés. Simplement parce qu’ils ont des moyens de pression qui sont les massacreurs de masses lourdement armés sur le terrain. Les différents protagonistes ont des soutiens dans ces capitales sous- régionales. La quasi-totalité des chefs d’Etat de la Cemac étant eux-mêmes arrivés au pouvoir dans leur pays à la faveur d’un coup d’Etat et gagnent systématiquement par l’opération du Saint-Esprit toutes les élections qu’ils organisent depuis quelques décennies. Il est impératif d’avoir un médiateur fort qui peut taper du point sur la table en disant « c’est bon, la recréation est terminée, on se met au pas et on avance vers le désarmement,  la démobilisation et la réinsertion afin d’aller aux élections. » Quel pays est prêt à jouer ce rôle ?

II- Des institutions de la République

a- La présidence

Au risque de choquer les militants de cette cause, je pense qu’on ne peut plus continuer à changer indéfiniment la tête de la transition en RCA. D’ailleurs il faut bien que l’on songe à sortir de cet état de fait pour redevenir un pays normal, ceci ne sera possible que suite à des élections libres et démocratiques.

Changez dame Samba Panza et le prochain président de la transition se livrera aux mêmes errements. Il voudra aussi nommer tous les membres de sa famille, ses copines, s’en mettre plein les poches, etc. Ce sera un éternel recommencement et les élections repoussées aux calendes grecques. Assez ! Laissons Samba Panza conduire la barque jusqu’aux élections. Il va sans dire qu’il y a un virus de l’incompétence qui sévit au palais de la Renaissance et tous ses locataires depuis deux décennies sont automatiquement contaminés. Non, cela suffit on a vraiment pas besoin d’un énième larron. Continuer la lecture

Pourquoi et comment Mahmat Kamoun est nommé premier ministre

Fin du suspense : Dame Samba Panza a annoncé le 10 août 2014 la nomination de Mahmat Kamoun au poste de premier ministre de la transition en Centrafrique. Une nouvelle qui a fait l’effet d’une bombe, même si la messe œcuménique d’hier au stade de Bangui avait pour objectif de préparer les Centrafricains à cette désignation. Jusque-là Samba Panza affirmait que : « Personne, pas même la communauté internationale ne lui dicterait sa décision ». Comment alors expliquer son choix ?

Quand les débats s’organisaient autour de la question « Faut-il nommer un musulman à la Primature ? », j’ai failli m’étrangler en criant ,  » non, mais arrêtez cet amalgame qui a coûté la vie à des milliers de Centrafricains et d’étrangers vivant en RCA !  » Vous prenez à ce point les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ? Parlez-nous plutôt de la Seleka à la primature. Ce sont les représentants de la Seleka et non des musulmans qui ont fait le déplacement de Brazzaville pour les négociations des postes comme d’ailleurs dans tous les précédents pourparlers. Pourquoi vouloir coûte que coûte faire croire qu’il s’agit uniquement d’un conflit entre chrétiens et musulmans ? Les musulmans ne sont pas tous des Seleka, et les musulmans n’ont pas pris les armes pour réclamer le pouvoir, c’est la Seleka qui a tout organisé et manipulé certains, voire utiliser le terme de musulman à des fins politiques.

Mahmat Kamoun préféré à Abdoul-Karim Meckassoua

C’est devenu un secret de polichinelle, tout le monde est au courant que les accords précédant la démission de Djotodja prévoient que la Seleka garde la primature et quelques ministères clés. Ainsi on a eu droit à cette injonction de l’homme fort de Ndjamena lors de la première visite de Samba Panza au Tchad, celui-ci s’engageait à : « Veiller au respect des accords de Ndjamena»… On le savait que les menaces de partitions, les massacres, etc. sont des moyens de pression pour obtenir gain de cause. A Brazzaville les représentants de la Seleka en ont fait voir de toutes les couleurs au président Denis Sassou-Nguesso et aux autres parties. Ils ont réitéré leur volonté de partitionner le pays, ont boycotté les séances pour finir par revenir à de meilleurs sentiments et demander pardon aux Centrafricains pour ces propos de division. Ce que Déby, veut Déby l’obtient.

Je me doutais que la primature reviendrait à la rébellion Seleka, mais jamais il ne m’est venu à l’idée qu’on aurait droit à un certain Mahmat Kamoun. Le nom d’Abdoul Karim Meckassoua circulait depuis quelques jours et sa nomination imminente faisait couler beaucoup d’encre. Pourquoi Meckassoua n’a pas été nommé premier ministre ?
Il va sans dire qu’il n’a aucune chance dans ce décor, parce que Meckassoua a la fâcheuse manie d’organiser des audits là où il passe ( Bozizé et ses ministres en savent quelque chose). L’homme aime tellement la clarté dans la gestion qu’il ne peut pas être invité aux affaires parce qu’il est musulman. Non, il faut plus qu’être musulman et intellectuel. C’est le genre de profil de Mahmat Kamoun qui intéresse. Pourquoi Samba le préfère à ce poste ?

Qui est Mahmat Kamoun ?

Ce monsieur fait partie des initiateurs du guichet unique à Douala dont ils ont signé la gestion avec un Béninois nommé Boko. Lorsque Bozizé voulait y voir plus clair dans la gestion calamiteuse du Trésor public dont il assurait la direction, il a pris le chemin de l’exil… Demandeur d’asile aux Etats-Unis, Mahmat Kamoun n’avait pas encore obtenu son statut de réfugié politique quand la Seleka chasse Bozizé du pouvoir, il revient alors en RCA pour être nommé directeur de cabinet de Michel Djotodja. A ce jour, selon la loi sur l’immigration aux Etats-Unis, il n’a pas le droit de rentrer sur le territoire américain…Un premier ministre persona non grata aux Etats-Unis où se trouvent les institutions de Breton-Wood (sic !)
Après la démission de Djotodja il est nommé conseiller spécial de Sampa Panza avec rang et prérogatives de ministre d’Etat.
Kamoun et la fille de dame Samba Panza seraient mis en cause dans l’affaire de la disparition d’une partie des 6 milliards de francs CFA donnés par l’Angola à la Centrafrique.10402539_750145508382260_3395224965319197979_n

Derrière un grand homme, il y a toujours une grande dame ?

Cette maxime marche aussi à l’envers, Mahmat Kamoun forme avec sa femme un couple dont il faut se méfier. En tous les cas, avec sa nomination les douaniers n’auront que leurs yeux pour pleurer.
Dame Kamoun née Ngakola Rachel avait été bombardée directrice générale adjointe de la Douane sous le régime de Djotodja, puis directrice générale sous Samba Panza, elle est à l’origine de la débancarisation des recettes douanières (la bancarisation étant l’une des rares bonnes mesures du régime Bozizé)… Les recettes douanières se promènent désormais librement dans les sacs à main de sa clique.

Samba Panza enfonce encore plus la RCA avec cette nomination

Loin d’être cette mère neutre, capable de sortir la RCA du bourbier, Samba Panza est en train de mener les Centrafricains à la file indienne directement en enfer. Copinage, clanisme, affairisme d’Etat, en quelques mois elle nous réédite le même scénario que ses prédécesseurs. Dame Samba-Panza se contrebalance royalement des Centrafricains, des milliers de morts, de l’avenir du pays… Ce sont ses intérêts qui priment.
Elle n’est pas cette mère dont vous rêviez qui pourrait tout faire pour réconcilier ses enfants et mener son pays résolument vers des élections libres et démocratiques. Non, Samba Panza s’est prostituée avec la Seleka pour manger, il y en a que pour son ventre, elle mange, se lèche les babines et ne pense qu’à s’empiffrer. Et parce qu’en RCA avoir un gros ventre est signe d’opulence, peu importe les morts, le chaos, les milliers de réfugiés, vivant dans des conditions exécrables Samba Panza s’en fout il n’y ’en a que pour sa bedaine…

RFI s’implique dans le processus de réconciliation nationale en Centrafrique

Consciente de son importante audience au sein de la population centrafricaine, Radio France Internationale décide d’apporter sa contribution dans la résolution de la crise en Centrafrique. C’est ainsi que depuis deux semaines, on peut écouter des messages en sango (la langue nationale de Centrafrique) sur RFI. Précisément à 22h33 minutes heure de Paris dans l’émission de Claudy Siar, Couleurs Tropicales.

Tout commence quand la directrice de RFI, Cécile Mégie, me dit: « On souhaite faire quelque-chose pour la paix et la réconciliation nationale en Centrafrique. Nous voulons que cela s’adresse aux Centrafricains dans leur langue nationale, le sango. Réfléchissez à la meilleure de façon faire cela et proposez-nous. »

Le vrai challenge est qu’il ne faut pas que ces messages soient excluant, RFI est une radio mondiale. Comment s’adresser aux Centrafricains de manière particulière dans leur langue nationale sans exclure le reste des auditeurs qui suivent cette radio à travers le monde ? Continuer la lecture

Sécession et populisme : le même scénario partout, même en France ?

Populisme et sécession vont de pairs, et tous les leaders en panne d’arguments pour parvenir à leur fin ont mis cette corde à leur arc. Quand on regarde ce qui se passe aux quatre coins du globe les scénarios sont étonnements semblables.

Il est difficile de trouver une population homogène qui se ressemble en tout point. Et tout un peuple n’est jamais séparatiste. Il y a toujours quelques agitateurs de masse, quelques meneurs animés par des intérêts qui ne disent pas leurs noms qui mettent en avant des arguments identitaires, culturels, linguistiques ou raciaux pour prôner et justifier la séparation.  Ces alibis ne sont souvent que la face visible de l’iceberg. Quand on regarde tout cela de près, il y a toujours des intérêts économiques, stratégiques ou géopolitiques qui se cachent derrière ces arguments. Et il faut plus que de simples harangues pour réussir dans cette entreprise. Seules de grandes puissances ont la capacité de créer les conditions pour valider et entériner les volontés de partition. Le menu principal du cocktail, c’est le populisme.

Le populisme désigne la diversité de la société comme la source principale du malheur de la partie qu’il prétend défendre et en même temps explique que ce sont les dirigeants qui tolèrent cette injustice. Si on se sépare de l’autre, on règle avec une baguette magique tous nos problèmes. Un bon discoureur qui scande, martèle et répète cela à une mère dont les enfants crèvent de faim, à un ouvrier endetté, à un fonctionnaire qui n’arrive pas à joindre les deux bouts est presque sûr de susciter la méfiance, la colère voire la haine contre le voisin. Ces personnes commencent à observer le voisin et naturellement lui trouveront des défauts (On en a tous). Et bingo, c’est lui depuis le début. Tout est sa faute, il faut s’en séparer au pire l’éliminer. Le discoureur a trop raison, le diable c’est le voisin. Déjà le fait qu’il soit différent est suspect. Cela doit être génétique, ses défauts c’est en fait dans sa race, c’est dans leur gêne, leur culture de merde. Ils ont toujours été comme cela. La preuve il irritait déjà mes arrière-grands-parents. Et les populations oublient qu’ils avaient vécu ainsi depuis des générations malgré leurs différences. Continuer la lecture

La Centrafrique sous les feux de la rampe le 3 avril à RFI

Quatre mois après le début de l’opération conjointe Sangaris et Misca, quel bilan peut-on faire de la crise en Centrafrique? Trois mois après l’élection de Catherine Samba-Panza à la présidence de la transition en Centrafrique, peut-on parler d’un début de retour à la normalité ? Est-il trop tôt pour parler de réconciliation nationale ?

Radio France Internationale fait le point sur la sécurisation, le processus de la réconciliation et le retour à la normalité en Centrafrique ce jeudi 3 avril 2014. Tout le programme de cette journée fil rouge sur RFI à la fin de ce billet, programmes que je suivrais et live-tweeterai sur le Hashtag #RcaRfi. Mais avant tout une petite analyse personnelle s’impose.

Point sur la situation en Centrafrique

Notons tout d’abord que jusqu’ici l’Europe ne semble pas très pressée d’envoyer des troupes en RCA comme promis. L’ONU, hésite, se réunit, publie des communiqués, mais les forces onusiennes en Centrafrique ne sont visiblement pas pour bientôt. Pendant un moment la Crimée a carrément volé la vedette à la Centrafrique. Continuer la lecture

Crise centrafricaine : évoquons les vrais problèmes

Il est normal d’être scandalisé face aux crimes indescriptibles commis en Centrafrique. En même temps il faut arrêter de prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages.

Oui, rien ne laissait présager les proportions qu’ont pris les violences, lynchages, haine et autres massacres. Oui, des gens sont tués sur la base de leur appartenance religieuse. Oui, ce qui se passe en Centrafrique est inadmissible et inhumain. Mais de là à tirer des conclusions simplistes et à circonscrire le problème centrafricain à un conflit religieux et aux barbaries des anti-balaka, c’est se moquer des victimes. Cette crise sert des intérêts qui ne disent pas leur nom.

L’on veut nous faire croire qu’un beau jour deux communautés se sont levées, ont acheté des armes sophistiquées, mis en place des stratégies militaires et ont commencé à s’entretuer sans raison ? Qui désigne les bourreaux et qui sont les victimes en Centrafrique ?

C’est à peine si on a envie de crier « Mais on vous le disait »…Le crier à ces gens qui, aujourd’hui donnent l’impression de s’étonner face à ce qui se passe ou simplement qui ne s’attendaient pas aux tournures qu’ont pris les évènements.

Des gens qui ont « laissé faire », qui ont participé et accompagné le pourrissement de la situation semblent aujourd’hui tous étonnés de la résultante de leurs inertie et manigances. En plus, tous semblent éviter les vraies questions et les vraies solutions. J’exagère? Voyez plutôt : Continuer la lecture

2013, retour sur une année qui a rendu la RCA tristement célèbre…

La Centrafrique est devenue célèbre en 2013. Chaque jour sur les journaux et les écrans de télévision on peut voir des images d’horreur en provenance de ce pays. Les Centrafricains se demandent comment ils ont pu en arriver là.

Je vous propose un retour sur les événements majeurs qui ont marqué 2013, l’année pendant laquelle la RCA a fait la Une dans les médias internationaux.

Commençons par la nuit du 31 décembre au 1erjanvier 2013, la pire Saint-Sylvestre jamais vécue par les Centrafricains. Le pouvoir est dans la rue, des jeunes soudoyés par un régime devenu très impopulaire et impuissant face à l’avancée de la rébellion Seleka font la police. Ils érigent des barrières tous les 20 mètres sur l’ensemble des grandes artères de la capitale. Les rebelles sont à la porte de Bangui et toute la capitale vit dans la psychose de leur arrivée. Ces jeunes délinquants, armés par la Cocora (Coalition contre les rébellions armées) de Lévy Yakété, et par la Coac (Coordination des actions citoyennes) de Steve Yambété font la loi. Ils ont carte blanche, arrêtent qui ils veulent : officiers de l’armée, ministres, femmes enceintes. Ce sont les mêmes jeunes qui ont caillassé l’ambassade de France le 26 décembre 2012 pour montrer la colère du clan Bozizé face au silence de la France devant l’avancée des rebelles.

Le 2 janvier 2013 : bouffée d’oxygène. Les rebelles de la Seleka annoncent la suspension de leur marche sur Bangui et l’envoi d’une délégation aux pourparlers de paix à Libreville.

Le 11 janvier 2013 : les pourparlers de paix aboutissent à la signature des fameux accords de Libreville. Ces accords donnent une part du gâteau à chacun et les grands bébés centrafricains reviennent à Bangui. Leur feuille de route : la cessation des hostilités, le maintien de Bozizé au poste de président, la formation d’un gouvernement de transition avec un Premier ministre issu de l’opposition démocratique (sic), des postes ministériels stratégiques à la Coalition Seleka (dont celui du ministre de la Défense jusqu’alors poste de Bozizé et de son fils Francis), l’organisation d’élections législatives dans un délai de 12 mois pour palier le problème de cette Assemblée nationale monocolore. Une assemblée dans laquelle on retrouve pêle-mêle les oncles, les enfants et concubines de Bozizé. Le retrait de toutes les forces militaires étrangères de la Centrafrique à l’exception des forces de la Fomac (Force multinationale de l’Afrique centrale). (Référence faite aux forces sud-africaines qui protègent le pouvoir de Bozizé). Voilà qui est parfait ! Continuer la lecture

Comment sauver la RCA? Ma reponse à Mansoura

Mansoura c’est ma voisine au KM5, rue de la Croix rouge dans le 3ème arrondissement de la capitale centrafricaine. Hier soir, on s’est retrouvé sur Facebook et on a parlé de notre pays la Centrafrique :
– Bonjour Johnny, ça fait un bail, comment tu vas ?
– Je vais bien merci et toi ?
-Ça va très bien, mes condoléances pour ton petit-frère.
-Merci, dis-moi t’es toujours à Bangui ?
-Ah, comment le pourrais-je avec toutes ces horreurs ? Je ne pouvais pas rester, je suis à Douala en ce moment, mais ma famille se trouve encore à Alindao, je m’inquiète beaucoup pour elle. Si les antis-balaka arrivent dans cette ville, ça va être grave, ils tuent systématiquement tous les musulmans.
– Ouais je sais, moi aussi toute ma famille est restée à Bangui, je suis autant inquiet que toi.
– Johnny tu serais capable de me tuer ? Pourquoi ils tuent les peuhls qui sont des centrafricains ? Et pourtant ils savent bien que nous aussi on ne s’entend jamais avec les tchadiens. On va faire comment nous les peuhls, c’est notre pays.

– Lol, te tuer ? Tu me crois vraiment capable de tuer un être humain ? Ta question me frustre Mansoura. Tu me connais, tu venais dans ma maison et faisais ce que tu voulais. Je n’ai pas changé. Quand à te dire pourquoi on tue les musulmans et peuhls centrafricains en RCA, tu me poses là une question bien difficile…
– Je t’assure Johnny, excuses-moi mais je ne sais plus en qui faire confiance, tu es parti bien avant moi, mais quand tu avais fui les exactions de la seleka, ce n’était encore rien comparé à ce que j’ai vécu. Il fallait voir les cadavres dans les caniveaux et joncher les abords de la route…Au fait, ton ami Ahmat a été tué, et sa sœur qui était enceinte aussi a été éventrée par les anti-balaka…Et tu es au courant qu’on a pillé ta maison ?
Qu’est ce que tu me raconte là Mansoura… Ahmat ? Ce n’est pas vrai ! Comment cela s’est passé ?
Pour ma maison je m’en doutais un-peu, après l’enterrement de mon petit-frère dans notre concession (ils ne pouvaient pas aller jusqu’au cimetière), aucun membre de ma famille n’a plus jamais prit le risque d’aller au KM5 où se trouve notre maison familiale.

Ahmat n’était pas pour moi un ami mais plus qu’un frère. On a grandi ensemble au KM5, il était musulman. On a fait les 400 coups ensemble. Quand la seleka était arrivé au pouvoir, si je recevais une menace ou si je suis resté tard quelque-part c’est lui que j’appelais pour venir me chercher afin de rentrer ensemble à la maison. Sa famille est comme ma famille. Ahmat m’aurait remit une arme et dormi sur ses deux oreilles sachant qu’il ne pouvait rien craindre de moi et vice-versa.
– Johnny, penses-tu que qu’on peut s’en sortir ? Crois-tu que la paix est encore possible ? Que les choses pourront redevenir comme avant en RCA ?
Je n’avais pas donné de réponse à Mansoura…J’étais perdu dans mes réflexions. Je pensais à Ahmat, aux soirs où on mangeait du méchoui de cabris ensemble devant Etoile autour d’un pot de jus de fruit. Je me rappelle nos virées en boite, et quand au petit matin il venait d’abord se changer chez moi pour faire croire à ses parents qu’il avait passé la nuit à regarder un film chez moi…Aujourd’hui, j’ai décidé de répondre  à Mansoura. Cette réponse, je la rends public pour tous les centrafricains. Oui, on peut s’en sortir ma chère Mansoura. Nous sommes en face d’une situation difficile mais c’est encore possible de nous tirer d’affaire.
Avant de proposer un plan pour une sortie de crise, analysons succinctement la situation. Continuer la lecture

Je suis centrafricain mais pas barbare…

Un jeune homme a pété les plombs. Il a voulu en mettre plein la vue aux gens et a mordu à pleines dents dans le bras d’une personne qu’ils venaient de lyncher…

En moins de 24 h l’image fait le tour de la planète…Et les questions fusent. Il ya ceux qui me demandent de leur en dire plus. Ceux qui veulent savoir si je connais d’autres

cas de cannibalisme en RCA ou si je connais quelqu’un qui aurait immortalisé la scène…

C’est à-peine si l’on  me demande « Est ce que vous mangez de la chair humaine en Centrafrique ? »

Les gens généralisent, spéculent, confondent les victimes aux bourreaux et pendant ce temps les centrafricains ne voient pas le bout du tunnel. Pendant qu’une nouvelle page de l’histoire de la Centrafrique est ouverte. Et qu’une femme est élue pour conduire la transition jusqu’à des élections démocratiques. Le Centrafricain vit encore dans les camps de réfugiés, dans la peur des milices armées et de la coalition seleka….

Oui, je suis centrafricain mais pas barbare, je ne suis ni pro-seleka ni pro-anti-balaka. Je suis journaliste et blogueur, dans mon pays j’étais un animateur-radio vedette. Je suis Coordonnateur national des medias chez Invisible Children…Et…Depuis quatre semaines je suis parti de la Centrafrique. Continuer la lecture