Cour pénale spéciale en RCA : Bozize, Djotodja et Nourredine Adam d’abord s’il vous plaît

« Tant que les principaux auteurs instigateurs du drame centrafricain seront en liberté, et qu’ils pourront continuer d’armer, de financer et de pousser leurs éléments au massacre, les utilisant comme moyen de pression pour être toujours associés à la gestion du pays ou revenir au pouvoir, la crise centrafricaine ne sera jamais résolue. »

C’est une citation tirée de mon livre « L’autre version de la crise centrafricaine ». Une phrase que je m’égosille voilà bien des années déjà, à crier sur tous les toits, mais je dois me rendre à l’évidence : Ma petite voix de journaliste centrafricain est étouffée par celles plus fortes des propagandistes de tous poils qui sévissent ça et là, dans les médias de masse et sur internet. Une voix perdue dans un océan de falses flags agités dans le but de détourner les regards du vrai problème, et laisser perdurer la crise…

Qui se cache derrière les tueries de Bangassou et Bambari ? Arrêtez Bozizé et Djotodja et vous aurez la réponse 

Pendant que les médias s’évertuent à donner le nombre de victimes musulmanes et chrétiennes de la prétendue guerre de religion en RCA, personne ne s’est un seul instant posé la simple question suivante. Comment des villageois d’un pays qui se situe en dessous du seuil de la pauvreté, des gens qui arrivent difficilement à dépenser 1 dollar par jour pour manger, peuvent acheter des armes lourdes et sophistiquées pour tenir en échec les forces onusiennes et faire des centaines de morts à Bangassou ?

Qui donc est derrière les tueries de Bangassou ? Elémentaire, posez la question à François Bozize, il connaît la réponse. Qui met Bambari à feu et à sang ? Demandez à Nourredine Adam, Ali Darass et Michel Djotodja, ils ont la réponse. Mieux encore, qui protège ces fauteurs de trouble en RCA? Qui a peur qu’on entende devant un tribunal les versions des sieurs Bozize et Djotodja ? Que faut-il au bureau du procureur de la Cour Pénale Internationale pour poursuivre les présumés auteurs de crimes de guerre et de crime contre l’humanité en RCA? Jean-Pierre Bemba Gombo est jugé à la Haye pour des crimes de guerre commis en Centrafrique lors des événements où le nom de Bozize était déjà cité. C’était lui le Chef d’état major de Patassé qui a fait appel aux hommes de Jean-Pierre Bemba pour venir à la rescousse du pouvoir de Bangui lors des événements de 2001.

Il va sans dire que les auteurs de crimes de guerre sur des centrafricains (en dehors de Jean-Pierre Bemba) n’intéressent pas grand monde. Vous avez dit bizarre ? Voyez plutôt, la CPI ne s’est pas faite priée quand il s’est agi d’arrêter Laurent Gbagbo, aussitôt renversé par les forces nouvelles d’Allassanne Dramane Ouattara. La CPI n’a pas hésité à convoquer pour l’entendre un Chef d’état africain en exercice, en l’occurrence Ohuru Kenyata du Kenya. Pourquoi après tous les massacres commis par les milices Seleka et antibalaka, la CPI qui, un moment a finalement déclaré qu’elle ouvrait une enquête sur les crimes commis en Centrafrique n’a jusque-là, ne serait-ce que demander d’auditionner Djotodja ou Bozize ? Les bruits courent à Bangui, parmi les Lieutenants de Bozize, que son retour est imminent. Pas question qu’ils passent devant la Cour pénale Spéciale de Bangui, alors ils reprennent les armes. C’est la bonne vieille recette que ces desperados ont toujours servi aux centrafricains : prendre les armes, faire couler du sang innocent pour obtenir ce qu’ils veulent.

Cour pénale spéciale à Bangui :Poudre aux yeux et solutions éphémères ?

La Cour pénale spéciale sera encore de la poudre aux yeux si elle vient juste pour juger les petits poissons qui s’agitent sur le terrain en RCA, ceux-là sont remplaçables. Les véritables Chefs de guerre, ceux qui tirent les ficelles pourquoi ne sont-ils pas inquiétés ? Pourquoi la justice centrafricaine et la cour pénale internationale n’émettent pas de mandats d’arrêts contre messieurs Bozize et Djotodja pour les entendre ? Ils vivent respectivement en Ouganda et au Benin. Et à ce jour, tous les anciens Lieutenants de Bozize sont retournés à Bangui. Le fils aîné et Ministre délégué à la Défense de Bozize, Jean-Francis Bozize fait partie de ceux qui sont retournés au pays et qui estiment que le Président Archange Touadera leur est redevable pour avoir été nommé Premier Ministre par leur père et Champion. Les caciques du KNK ont maintes fois réclamé le retour et la participation de Bozize aux dernières présidentielles. Tant que Bozize et ses Lieutenants seront en liberté on peut faire une croix sur la paix, ils chercheront toujours par tous les moyens à reprendre le pouvoir et éviter de passer à la barre. Cet homme a convoité le pouvoir depuis qu’il était aide-camps de l’Empereur Bokassa, c’est l’Iznogoud centrafricain, il a tenté un coup d’état contre André Kolingba, avant de réussir à la troisième tentative contre Patassé. Il nous a déjà démontré longuement qu’il est prêt à tout pour prendre le pouvoir et le conserver.

Michel Djotodja de son côté estime qu’on ne peut aller vers une réelle solution sans sa participation et joue des coudes pour revenir dans la danse. Quand à Nourredine Adam, l’ancien ennemi public numéro un, il sillonne tranquillement la sous-région et depuis le Tchad voisin pilote des opérations à Bambari. Deux Chefs de la Seleka, les tristement célèbres Haroun Gaye et Abdoulaye Hissein, après en avoir fait voir de toutes les couleurs aux habitants du PK5 , ont quitté Bangui dans la nuit du 15 Août 2016 à bords de véhicules blindés, franchi la barrière du Pk12 en échangeant des tirs avec les éléments des forces de défenses et de sécurité. Arrêtés dans leurs progressions vers Sibut par la MINUSCA, ils ont finalement été relâchés pour se retrancher dans l’arrière-pays alors que des mandats d’arrêts ont été émis contre eux pour des crimes graves. Des crimes qu’ils peuvent continuer impunément à commettre en province. Je pourrais aussi citer Abdel Kader Baba-Ladé, Chef rebelle Tchadien qui après des années d’exactions en RCA (viols, incendies de villages, assassinats, vols de bétails, enrôlement d’enfants etc.), a été contraint de se rendre aux autorités de Bangui qui l’ont aussitôt extradé dans son pays où il a été nommé Gouverneur de région. Plus tard il prend la fuite, et est arrêté une deuxième fois en Centrafrique par les forces internationales, il est extradé une deuxième fois au Tchad, sans jamais avoir été inquiété par aucune justice.

D’ailleurs parlons-en du Tchad voisin

Depuis deux décennies, Idris Deby est le faiseur de rois en Centrafrique avec la bénédiction de la France. Deux pays voisins, deux pays frères, deux présidents, avec des destins différents. Le 1er Décembre 1990 Idris Déby renverse Hissein Habré et devient le nouvel homme fort du Tchad, 3 ans plus tard Patassé gagne les élections en Centrafrique face au Général Kolingba. Seulement tout bascule pour l’un, Patassé décide de revoir les accords de défense et ceux qui concernent les exploitations du sous-sol signés au début des indépendances. Les forces françaises quittent donc la RCA pour le Tchad voisin où elles vont constituer la plus grande base militaire française de la sous-région. En fuite au Tchad, suite à une convocation des juges pour l’entendre dans une affaire de tentative de putsch, le Chef d’Etat-major de Patassé, le Général François Bozizé, revient pour prendre le pouvoir avec l’appui du Tchad. Bon élève Bozizé, organise deux élections et les gagne, avant de commencer à marcher dans les sillages de Patassé. Il enchaine tour à tour : Plainte contre le rachat d’Uramine par Aréva (la fameuse affaire dans laquelle près de deux milliards d’euro du contribuable français se sont volatilisés), rapprochement avec la Chine pour le pétrole dans la région de Borotama à la frontière du Tchad, rapprochement avec l’Inde pour l’exploitation du ciment, accord de défense avec l’Afrique du Sud pour assurer sa protection après s’être brouillé avec le Tchad. Alors la Seleka, une coalition de rébellion venant du Tchad et du Soudan, ratissant tout sur son passage renverse Bozize.

Avec l’appui du Tchad dans la lutte contre le terrorisme notamment au Mali et dernièrement au Cameroun et au Nigeria, Idriss Deby devient l’homme incontournable que la France et la CEMAC, voire l’Union Africaine laissent agir comme bon lui semble.

Guerre de religion en Centrafrique ? Changez de disque s’il vous plaît

Il y a une semaine, en bas de mon immeuble un homme m’a demandé en sango (langue nationale de la Centrafrique) si j’étais un de ses compatriotes. Je portais un tee-shirt floqué du drapeau de la RCA, qui a attiré l’attention de ce centrafricain musulman. On a vite sympathisé et échangé nos numéros dès qu’on a su qu’on avait habité tous les deux le Km5 à Bangui. Depuis, il nous arrive de parler de ce qui s’est passé au pays, dans notre quartier, des jeunes qu’on connaissait et qui sont morts pendant ces événements etc. C’est ce qui se passe un peu partout quand des centrafricains se croisent.

Je défie quiconque de me donner un seul exemple d’affrontement, invectives ou bagarres rangés entre centrafricains musulmans et chrétiens réfugiés au Tchad, au Cameroun, au Sénégal, en France etc. Pourtant ils ont quasiment tous perdu un proche dans cette crise. Mais ces personnes savent qu’elles sont toutes victimes de quelque-chose qu’ils ne s’expliquent pas eux-mêmes. Cependant, il suffit que les antibalaka attaquent une ville pour que le lendemain tous les médias nous donnent le nombre de victimes musulmanes massacrées lors d’affrontements « interreligieux » en RCA, et vice-versa quand c’est la Seleka qui attaque, on donne le nombre de victimes chrétiennes.

Alors quand j’entends des pseudo-spécialistes, photographes, humanitaires etc, des gens qui parce qu’ils sont allés passer quelques semaines en RCA et ont ramené des photos de personnes mortes, débiter des contre-vérités dans les médias et parler de guerre de religion, thèses qui occultent les vraies raisons de la crise centrafricaine et empêchent ainsi d’allumer les projecteurs sur les vrais auteurs ; Je me dis que la propagande a encore de beaux jours devant elle.

De sources concordantes sur le terrain en Centrafrique, Bangui risque de connaître dans les tous prochains jours une attaque similaire à celle de Bangassou. Une attaque imminente qui a pour but le retour au pouvoir des personnes qui y ont déjà goutté, et qui pensent détenir le titre foncier du pays…

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