Et si j’étais né dans une famille musulmane ?

 

La semaine passée j’ai assisté à une scène que j’avais déjà vécue dans le métro parisien le 8 janvier 2015. C’était au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, tout Paris était encore sous le choc.

Je me rendais à un rendez-vous. Le trajet se déroulait sans problème jusqu’à ce qu’un jeune homme monte dans le wagon où je me trouvais. Il était barbu, avait le teint basané et portait une djellaba. Un silence pesant s’installa tout d’un coup, presque tous les autres passagers le fixaient avec méfiance.

Donc le jeudi dernier la même scène se répète un jour après l’arrestation par la police de Sid Ahmed Glam. Cette fois, il s’agissait d’un homme âgé, barbu et habillé en djellaba. De la pure provocation ? C’est alors que je me suis demandé si un Noir aux cheveux crépus et portant un pantalon jean avait la veille ouvert le feu sur des journalistes sous prétexte de venger le dieu des Noirs, allais-je changer mon habitude vestimentaire pour éviter tout amalgame ? Certainement pas.

Ce soir, j’ai une pensée particulière pour le musulman lambda qui a les mêmes préoccupations que tout le monde, qui ne pense qu’à vivre sa vie, à faire son devoir de père ou mère de famille, etc. De simples citoyens, victimes de la vision manichéenne du monde.

Je me souviens qu’avec mon ami Ahmat on faisait les 400 coups ensemble. Adolescents on allait les dimanches soir à la messe pour courtiser les filles à la sortie de l’église. Pendant le ramadan, tous les soirs on faisait ripaille chez lui à l’heure de la rupture du jeûne. Ses sœurs savaient qu’on buvait de l’alcool en cachette, prétextant de passer la nuit chez moi pour faire des révisions on en profitait pour faire des escapades à la kermesse. Son père exigeait qu’il aille à la mosquée, je l’y accompagnais sans problème.

Aujourd’hui, les gens mettent systématiquement Ahmat dans l’autre camp, celui des musulmans de Centrafrique et moi aussi sans demander mon avis on essaie de me mettre dans un camp.

Je connais un couple de journalistes réfugiés syriens que tout le monde classerait dans la catégorie « arabe », donc par voie de conséquence « musulmane ». Sauf que tous les deux bien que parlant à la perfection l’arabe qui est leur langue maternelle sont des athées.

J’avoue que si j’étais né dans une famille musulmane, cela me ferait « vraiment me faire chier » que les gens voient en moi un potentiel terroriste parce que des barbares massacrent des innocents au nom de la religion à laquelle j’appartiens.

Ce soir je pense à mon ami Ahmat qui n’a rien à voir avec la Seleka, et à tous les musulmans qui n’ont rien à voir avec Daesh. Je réfléchis à cette classification des humains en chrétiens, musulmans, athées, etc. Et ce texte que j’avais écrit il y a quelques années me revient à l’esprit:

Il y’a de plus en plus d’étrangers sur terre
A tous les niveaux, l’homme érige des barrières
Le pire c’est qu’à cause de ces frontières
Il en arrive à massacrer ses congénères

A ce rythme où va le monde
Si les brunes doivent tuer les blondes
Et  ceux qui prient Dieu à genoux
Massacrer tous ceux qui prient debout

De deux choses où le monde est peuplé de fous
Ou HOBBES a raison l’homme n’est qu’un loup
Qui guette son voisin pour lui sauter au cou
Simplement parce qu’il est différent, quels ploucs !

Il y’a vraiment de quoi à s’inquiéter
Pour l’avenir de l’humanité
C’est Dieu qui a créé le monde hétérogène
Allez-vous en prendre à lui si cela vous gêne

 

 

 

 

2 réflexions au sujet de « Et si j’étais né dans une famille musulmane ? »

  1. LimouneLimoune

    Très beau poème ! J’ai une amie instit en France qui me disait ce matin qu’un de ces élèves de 8 ans lui a dit mais nous on a rien fait. Que le stigmate soit autant intériorisé par un enfant de 8 ans me fait flipper.

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