Entre l’Africain et son homme politique, c’est comme dans 50 nuances de Grey

« Non mais si tu regardes dans les clubs sado-maso, y a que des Blancs… » Ben attends, les Noirs se sont fait fouetter pendant 400 ans, ils vont pas revenir en disant : « Oh, c’est sympa ici ! »

Cette tirade de Fabrice Eboué lors d’un stand-up au Jamel comedy club m’a beaucoup amusé, mais aujourd’hui, j’ai envie de dire – tu te trompes Fabrice, en politique plus ça fait mal, plus l’Africain en redemande.

C’est fou, mais plus le tyran africain se contrebalance royalement du sort de ses administrés, plus ces derniers donneraient leur vie pour lui. J’ai envie de dire sans jeu de mots raides que l’Africain aime son homme politique profondément, bien sec et sans vaseline. Vous avez vu le nombre d’Africains qui se battent bec et ongles pour éviter la prison à des gens qui les ont massacrés ?

La guerre fait rage sur Internet

J’avais publié un billet sur les commentateurs d’articles sur le web, aujourd’hui, je vous propose de jeter un regard sur le nombre de billets d’humeur, de tweets, de posts sur Facebook qui défendent les responsables de milliers de morts en Afrique.

Nous avons affaire à des internautes « militaro-manichéen ». Ils ne se compliquent pas la vie ; pour eux l’information politique c’est comme à l’armée. C’est-à -dire deux camps adverses. Il y a les bons, c’est le camp du politicien qu’ils décident de soutenir, et il y a les méchants : le camp d’en face, les adversaires. Le tout c’est de prouver que c’est l’adversaire qui a plus de massacres à son actif. Peu importe ce que son homme politique fait, il ne faut surtout pas en parler. La neutralité n’existe pas avec ces gens, ou on prêche pour leur chapelle ou on est contre eux.

Un média n’est bon que quand il dénonce les crimes du camp ennemi. S’il ose relater un fait qui concerne le camp des internautes militaires c’est la foudre des commentaires haineux qui s’abat sur ce média, ses journalistes et le lobby reptilien : judéo-maçonnique, gay et extra-terrestre qui se cache derrière cette information ayant pour seul but de dénigrer « leur homme politique préféré et leur pays. ».

En Centrafrique par exemple, nous avons les pro-antibalaka opposés aux pro-Seleka . Ils aiment leurs milices respectives au point de se livrer à de véritables concours sur le web pour prouver qu’elle massacre moins que ceux d’en face. Le but c’est qu’il ne faudra pas que leur leader préféré ( Bozizé ou Djotodja) aille devant la Cour pénale internationale. Il ne faut surtout pas désarmer les miliciens qu’ils supportent sinon, ben voilà ils l’avaient dit cette communauté internationale roule pour le camp adverse.Francois Bozize, Michel Djotodia

En Côte d’Ivoire, la situation est quasi similaire. Nous étions une douzaine de journalistes africains invités par le ministère hollandais des Affaires étrangères pour une visite à La Haye. Lors d’une rencontre avec des étudiants en journalisme de cette ville, quatre confrères ivoiriens affirment ce qu’un autre Ivoirien m’avait déjà dit à Paris : « Chez nous la presse est divisée en pro-Gbagbo et pro-Ouattara, et c’est comme ça. » Period.

Interloqué j’ai répliqué : « Mais vous ne vous rendez pas compte que c’est vous qui alimentez le climat de haine et freinez la réconciliation dans votre pays ».

Même certains intellectuels africains militent pour que des tyrans africains ne soient plus poursuivis par la CPI. Pendant qu’on y est, qu’ils nous disent aussi que l’Afrique devrait être fière d’Hissein Habré, qu’Omar El Bechir est un héros au Darfour, qu’on élève des statuts pour honorer la mémoire d’Idi Amine Dada, Jonas Savimbi et Jean Bedel Bokassa, eux au moins ils nous fouettaient correctement de leur vivant. Non, mais sérieux, quand tout ce beau monde s’indigne que la plu part des clients de la CPI sont des Africains vous croyez vraiment qu’ils le disent parce qu’ils veulent une justice équitable ? Ou juste parce qu’après vous avoir bien niqués ? ils veulent protéger leurs arrières ? Demandez aux victimes des coups d’Etat, des massacres et des génocides si leur seul rêve n’est pas la justice peu importe d’où elle vient.

Lors de cette visite à La Haye, nous avons fait le tour des instances de la justice internationale. La très contestée CPI est la toute dernière née d’entre elles. Bien avant sa création il y a très longtemps qu’existe la Cour Internationale de Justice qui a mis fin à la guerre entre le Nigeria et le Cameroun en rendant un jugement dans l’affaire de la presqu’île de Bakassi et qui a aussi été saisie par le Djibouti dans l’affaire Borrel contre la France. Il y a bien longtemps qu’existe la Cour permanente d’arbitrage qui a réglé un différend entre l’Ethiopie et Djibouti à propos d’une ligne de chemin de fer. Aucun politique africain n’a jamais prêché pour que les Africains quittent ces deux juridictions internationales, au contraire ils les ont maintes fois saisies pour régler des différends qui les opposaient aux nations plus fortes.

Au-delà des manquements évidents, des modes de saisine et du temps des procédures qui sont à améliorer, la CPI devrait être perçue comme une chance par les victimes africaines. Sans la CPI, certains Africains n’auraient sans doute jamais vu leurs bourreaux répondre de leur crime, un jour, devant la justice. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Et d’un autre côté, les accusés sont au moins sûrs qu’ils pourront se défendre devant une justice réunissant toutes les conditions. Au lieu de militer pour sortir de la CPI, les Africains devraient peut-être militer pour que les responsables de crimes contre l’humanité et crimes de guerre impunis soient arrêtés. A-t-on déjà vu des Serbes, militer pour leur retrait de la CPI parce que Milosevic y avait été jugé ?

Déclaration de la Procureure Fatou Bensouda sur la crise en RCA

Ces usines à conneries qui polluent le web

Enfin, dans ce décor l’on ne peut que déplorer la décadence des médias participatifs. Les blogs, Facebook, Youtube, etc., sont devenus de véritables usines à conneries qui essaient  de  faire croire que Barrack Obama a des gardes du corps extraterrestres, que la tuerie de Charly Hebdo a été commanditée par l’Elysée avec la complicité de quelques Martiens… Et la marmotte elle met le chocolat dans du papier alu.

4 réflexions au sujet de « Entre l’Africain et son homme politique, c’est comme dans 50 nuances de Grey »

  1. PANDALAYO

    si l’Afrique demeure le berceau de l impunité c’est parce que la théorie de montesquieux sur la séparation véritable des trois pouvoirs reste à désirer. ..depuis quand l’exécutif contrôle et même impose des conduites à tenir au pouvoir judiciaire? ou est l ‘indépendance de la justice en Afrique si c’est l’exécutif qui nomme les representants du pouvoirs judiciaire?

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  2. Guillaume

    J’ai aimé la pertinence de ton billet.

    Et cette partie m’a fait rire  » Pendant qu’on y est, qu’ils nous disent aussi que l’Afrique devrait être fière d’Hissein Habré, qu’Omar El Bechir est un héros au Darfour, qu’on élève des statuts pour honorer la mémoire d’Idi Amine Dada, Jonas Savimbi et Jean Bedel Bokassa, eux au moins ils nous fouettaient correctement de leur vivant. »

    Amitiés !

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