Crise centrafricaine : la solution ne viendra certainement pas d’eux…

En nouchi on dirait : « Les gens là ils ont foutaises »… Ils parlent, condamnent, demandent, exigent, mais le problème centrafricain demeure, pourquoi ? Ils sont tous acteurs, gèrent et entretiennent la crise. J’exagère ? Comme dirait mon oncle ivoirien : et si on s’asseyait pour essayer de voir clair dans leurs jeux de jambes ?

La Cemac : une communauté divisée, faible à tous les niveaux, dirigée par des présidents qui sont presque tous arrivés au pouvoir dans leur pays à la faveur d’un coup d’Etat et qui  gagnent par l’opération du Saint-Esprit toutes les élections présidentielles qu’ils organisent.

Une communauté où la libre circulation des personnes et des bien, l’intégration sous-régionale n’existent simplement pas. Pour se déplacer dans certains pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale il faut prendre un visa, les commerçants qui voyagent à travers l’espace Cemac se font régulièrement extorquer de l’argent par les policiers des pays voisins.

« Nous ne cèderons pas Damara, que ce soit clair. Si les rebelles attaquent Damara, c’est une déclaration de guerre, cela veut dire qu’ils ont pris la résolution d’engager les 10 Etats d’Afrique centrale. Je ne pense pas sincèrement qu’ils en arriveront là » avait déclaré le général Jean Felix Akaga commandant des forces de la Fomac

Cependant la Seleka a non seulement franchi la ligne rouge, mais a fait tout ce que l’on sait. D’aucuns se posent même la question sur le vrai rôle de certains contingents de la Fomac comme la force tchadienne, accusée par Bozizé de l’avoir renversé et désavouée par la société civile centrafricaine qui la considère comme partie prenante de la crise. Une communauté sans vision commune. Résoudre la crise centrafricaine pour la Cemac tient presque du miracle…même si l’on sait que cette crise peut pourrir l’ensemble de la sous-région.

L’ancienne opposition démocratique centrafricaine était constituée de Martin Ziguelé, Nicolas Tchangaî et compagnie. Ils étaient partis à Libreville avec une exigence : la démission du général Bozizé. Finalement, ils sont rentrés avec un gouvernement d’union nationale chargé de gérer une période transitoire qui devait aboutir à des élections démocratiques. Entre-temps quelque chose a « merdé », comme d’habitude Bozizé une fois rentré à Bangui voulait jouer au malin. Tout ce beau monde était d’accord qu’il fallait sauter Bozizé. Marin Ziguele et compagnie pensaient qu’en chassant Bozizé y’aurait juste une période de transition à supporter avant d’aller à des élections qu’ils auraient forcément gagnées. Rappelez-vous qu’au lendemain de la prise du pouvoir par la Seleka Ziguele a déclaré : « Un coup d’Etat n’est jamais une bonne nouvelle pour la démocratie, mais pour ce cas si (… ) Pour un coup de force qui a causé si peu de pertes en vies humaines, on ne peut que s’en féliciter…» En disant ces choses Ziguelé se voyait déjà président dans les 18 prochains mois, c’était sans compter avec les 20 000 hors la loi qui ont éjecté Bozizé et qui depuis six mois sèment la terreur et la désolation en RCA. Si l’éviction de Bozizé n’a pas résolu le problème centrafricain, quelle peut-être l’issue de secours ? Aucun politicien centrafricain n’a de solution à proposer pour sortir le pays du bourbier. « Un vrai leader disait Henry Miller, n’a pas besoin de conduire. Il suffit qu’il montre le chemin. »
La classe politique centrafricaine ne sait tout simplement pas où il faut aller, ils veulent tous le pouvoir, quand ils l’auront ils nous serviront du déjà vu : avancer à l’aveuglette. Compter sur ces messieurs pour sortir de l’auberge c’est se fourrer le doigt dans l’oeil jusqu’au coude. Vivement qu’on renouvelle la classe politique centrafricaine

Michel Djotodja, Nourradine Ahmat, Daffane et les autres seigneurs de guerre de la Seleka : ils voulaient leur part du gâteau et n’avaient que leurs muscles pour le réclamer, pour cela il leur fallait un alibi en béton. Qui se souvient des propos d’Abakar Sabone lors du dialogue politique inclusif ? « Depuis 50 ans que les chrétiens dirigent ce pays les résultats sont catastrophiques, ils ont échoué, il faut à présent donner l’occasion à un musulman de tenir les reines du pays. »

Ils ont trouvé leur cheval de bataille : la minorité musulmane est maltraitée. Djotodja n’arrive pas à démontrer que la lettre adressée au Quatar pour soutenir la Seleka aux fins d’instaurer la charia une fois qu’il prendrait le pouvoir en RCA ne vient pas de lui. Ils ont créé une situation qui risque de s’embraser à tout moment, on risque de sombrer dans les affrontements inter-religieux à cause de leur soif de pouvoir. Pour accéder au trône, ils avaient besoin du soutien des islamistes, coupeurs de route, bandits de grand chemin venus du Soudan et du Tchad tels les éléments de Baba-ladé. Aujourd’hui, ils n’arrivent pas à contrôler ces desperados. Et bonjour les exactions à n’en plus finir… Le gouvernement de Djotodja comme tous les précédents gouvernements en Centrafrique constitués de gens qu’on veut remercier, satisfaire etc, a largement démontré son incapacité à instaurer un Etat de droit. La solution ne viendra pas de ces bonshommes.

François Bozizé Yangouvonda : il a tué par l’épée il a péri par l’épée ; de la même manière qu’il a chassé Patassé avec le soutien des combattants venus du Tchad, de la même façon Djotodja l’a chassé vers le Cameroun voisin. Aujourd’hui il joue son va-tout pour revenir au pouvoir par tous les moyens. Il fait le jeu des seigneurs de guerre : faire croire aux chrétiens que les islamistes veulent prendre leur pays, il faut donc que les chrétiens se battent pour les chasser. En réalité il n’y a que deux choses qui intéressent Bozizé : reprendre le pouvoir et assouvir la haine qu’il voue aux gens qui l’ont chassé de son trône. Pour cela il est prêt à tout : cautionner un génocide, une guerre de religion, n’importe quoi pourvu qu’il redevienne président. Bozizé et la Seleka trompent les Centrafricains. Ils ne se battent ni pour les musulmans ni pour les chrétiens mais pour le pouvoir…Et les athées dans tout cela ? Les animistes ? Y a pas de guerre de religion en RCA, mais des calculs pour avoir le soutien nécessaire en vue de prendre ou garder le pouvoir.

Bozizé a largement démontré son inaptitude à assurer la fonction présidentielle. Il a divisé, tué, volé, trahi les Centrafricains… Il faut arrêter de rêver, la solution ne viendra pas de lui.

La France : à quel jeu joue l’ancien colon français ? Protéger les ressortissants étrangers et plaider pour une intervention de l’ONU.

Cependant, c’est depuis le sol français que François Bozizé a tenu des propos qui ont incité ses nostalgiques à se livrer à des actes désespérés de déstabilisation du pouvoir en place, actes dont les habitants de Boy-rabe, boeing, bossangoa payent les pots cassés.

Il y’a un mandat d’arrêt international lancé contre Bozizé par la justice centrafricaine. Si la justice française ne peut collaborer avec la RCA dans le cas Bozizé au moins l’empêcher de chercher à déstabiliser son pays depuis la France…Cela rappelle l’histoire de la disparition de Charles Massi qui depuis la France dirigeait la CPJP une rébellion armée qui cherchait à prendre le pouvoir. Sa mystérieuse disparition a été interprétée comme faisant suite à une arrestation au Tchad du moment où Déby protégeait le pouvoir de Bozizé, Charles Massi aurait été ensuite remis à Bozizé qui l’aurait fait assassiner….No comment ! Aujourd’hui son fils Eric Massi qui en faisait son cheval de bataille, du moment qu’il était porte-parole de la Seleka semble l’avoir oublié. Pouvoir quand tu nous tiens.

Alors, ça c’est pas foutaise ? Ceux qui sont censés résoudre le problème centrafricain sont d’une manière ou d’une autre impliqués. C’est un vrai jeu d’intérêts, et il faut être dans le secret des dieux pour en saisir les tenants et aboutissants

Une réflexion au sujet de « Crise centrafricaine : la solution ne viendra certainement pas d’eux… »

  1. Ping : Centraf rique : Le passage par Hobbes » L'Etudiant Malien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *